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vendredi, juin 24, 2011

Les chimpanzés sont-ils démocrates ?


Personne ne s’est vraisemblablement posé la question de savoir si les chimpanzés sont démocrates avant de décider que la démocratie est le meilleur régime possible pour les êtres humains organisés en société. C’est heureux! Pourtant, dès qu’il s’agit des relations de genre et de la place des femmes et des hommes dans la société, la Nature est systématiquement convoquée comme détentrice d’une Sagesse supposée.
Ainsi, au moment des fêtes de Noël, une étude abondamment relayée par la presse et la télévision publique (France 2) prétendait justifier les achats de jouets différenciés selon les sexes –des poupées pour les filles, des armes et des voitures pour les garçons– par le comportement des jeunes chimpanzés. Selon l’étude en question (1), de jeunes chimpanzés à qui l’on donne des bâtons jouent avec ceux-ci de différentes manières: jeunes mâles ou jeunes femelles creusent, se battent, les échangent et aussi les portent contre eux, les gardant même parfois pour dormir. Or, les trois quarts des chimpanzés adoptant ce dernier comportement sont des femelles. De là, un raccourci facile: «naturellement», «génétiquement», les petites filles (cousines des chimpanzées) aiment materner, tandis que leurs frères préfèrent explorer et se battre, il est donc légitime de leur offrir des jouets différents.
Pour rester dans la même logique: si des chercheurs observaient, dans une population qui comprend des singes au pelage blanc et des singes au pelage noir, que les premiers ont tendance à dominer les seconds, et les seconds à se soumettre aux premiers, ces comportements seraient-ils alors considérés comme «naturels» et donc justifiables chez les humains?
On ne trouve que ce que l’on cherche
Toute recherche scientifique commence par la formulation d’une hypothèse, fondée sur une perception intuitive et/ou sur les résultats de recherches antérieures, que l’on va chercher à confirmer ou infirmer. Or, les chercheurs sont, comme leurs semblables, façonnés par les valeurs qui imprègnent la société dans laquelle ils évoluent –notamment la différenciation sexuelle et tous les stéréotypes qui s’y rapportent, qui font partie du patrimoine commun généralement admis et sont transmis dès le plus jeune âge.
Ainsi, on a cru pendant longtemps que c’était le spermatozoïde le plus rapide ou le plus puissant qui parvenait à «s’introduire» dans l’ovule, ce dernier attendant passivement le vainqueur. On a découvert tardivement que c’est en fait l’ovule qui sélectionne le spermatozoïde fécondant; de plus, il «choisit» non pas «le plus fort», mais celui qui est le plus différent de lui génétiquement. Pourquoi était-ce si difficile à admettre?
Par ailleurs, en éthologie comme en sociologie, parvenir à des conclusions suppose une interprétation: pourquoi le geste des chimpanzés qui «portent le bâton contre eux» a-t-il été interprété «de manière évidente» comme du maternage? Le fait de garder ce bâton toute la journée, même pour dormir, n’est-ce pas le propre de certains jouets? Presque tous les enfants, garçons comme filles, ont ce que nous appelons aujourd’hui un «doudou» – qui peut d’ailleurs être un bâton, un bout de tissu ou tout autre objet.
Certaines études nous ont appris à nous méfier des interprétations «évidentes», en montrant que le discours des adultes au sujet d’un bébé et leur attitude envers lui sont très différents selon son sexe, réel ou supposé. Ainsi, des chercheurs (2) ont projeté à deux groupes de jeunes adultes un film montrant un bébé qui pleurait fort, en disant au premier groupe que c’était un garçon et au second qu’il s’agissait d’une fille. Le premier groupe interpréta les pleurs comme une réaction de colère, tandis que le second groupe pensa qu’elle avait peur…
Les bébés filles et les bébés garçons sont surtout différents dans la perception qu’en ont les adultes! À force, bien sûr, une approche systématiquement différenciée finira par façonner des comportements différents…

La « nature » n’est pas forcément celle qu’on croit
L’opposition nature/culture est un peu simpliste: les sociétés animales mettent en place des modes d’organisation sociale, des rapports de domination, etc., qui relèvent d’une culture bien plus que d’une hypothétique «nature profonde». Si l’on en revient à nos cousins les singes, les études sont nombreuses. Pourtant, celles qui aboutissent à des résultats «dérangeants» (pour certain-e-s) ne reçoivent guère d’écho. On rappelle rarement, par exemple, que quasiment tous les bonobos sont bisexuels, ou que «chez le gorille, par exemple, la compétition entre mâles est quasi absente et pratiquement toutes les copulations sont initiées par la femelle. Chez le chimpanzé, le rôle initiateur est joué par les deux sexes (3)». La nature est plus complexe que prévu…
La neurobiologiste Catherine Vidal a maintes fois démontré que le fonctionnement du cerveau n’est pas lié au sexe de manière innée, il varie d’un individu à un autre, en fonction de son histoire personnelle: «Au cours de sa construction, le cerveau intègre les influences du milieu extérieur, issues de la famille, de la société, de la culture. […] Le fait de voir des différences de fonctionnement cérébral entre les sexes ne signifie pas qu’elles sont inscrites dans le cerveau dès la naissance et qu’elles y resteront. Car le cerveau est en permanente évolution sous l’effet de l’apprentissage et de l’expérience vécue (4) […] La femme dans son rapport à l’enfant manifeste les comportements les plus variés qui ne sont pas déterminés biologiquement (5).»
La plupart des recherches donnent raison à Catherine Vidal, et seules quelques études isolées et peu sérieuses disent le contraire. Pourtant, ce sont surtout ces dernières qui sont mises en avant dans la presse, qui titre régulièrement sur le «sexe du cerveau». Sans parler de ces livres qui prétendent, sans aucun fondement scientifique, qu’hommes et femmes sont différents au point qu’ils semblent venir de planètes distinctes… Il est tellement plus facile d’abonder dans le sens des stéréotypes, des vieilles idées reçues. Chacun-e à sa place. Cela ne favorise guère la liberté de penser et de choisir…

Pourquoi tant d’efforts pour inculquer ce qui est «naturel»?
Si le maternage et le souci de la maison sont instinctifs et apparaissent chez la fille dès le plus jeune âge –et pas chez le garçon–, pourquoi tant de parents pâlissent-ils lorsque l’on offre une poupée ou une dînette à leur garçon? Pourquoi les magasins de jouets s’appliquent-ils tant à classer les jouets par sexe, à grand renfort de codes couleur et de panneaux voyants – en prenant bien garde que personne ne se trompe : essayez d’acheter un tracteur à une petite fille, vous serez immédiatement réorienté-e…
Si tout était si «naturel», toute la société ne s’appliquerait pas à préparer les petits garçons et les petites filles à une répartition des rôles tellement traditionnelle. Pourquoi ce besoin de rappeler sans cesse que les petites filles puis les femmes sont destinées à materner, qu’elles n’aspirent qu’à ça? Il semble que, pour beaucoup, il est rassurant de cultiver le mythe de la «mère éternelle».
Certes, les femmes mettent au monde les enfants, mais les élever est une toute autre affaire. Le supposé «instinct maternel» ne surgit pas davantage chez les femmes qui viennent d’accoucher que chez leurs compagnons; s’occuper d’un enfant s’apprend, et il est plus facile de l’apprendre à deux, en couple, que toute seule. L’expérience montre que les pères qui sont présents dès les premières semaines peuvent, aussi bien que les mères, donner les soins nécessaires au bébé. Ils peuvent même aimer ça!
Expliquer les différences et les inégalités entre femmes et hommes par des données biologiques permet d’évacuer leurs raisons historiques, sociales et politiques. C’est un refus de regarder en face les possibles choix de société qui s’offrent à nous. Quelle peur essaie-t-on de conjurer en serinant toujours les mêmes rengaines? La peur de l’indifférenciation sexuelle? Aucune crainte à avoir: les variations entre individus sont énormes, aucun-e ne ressemble à un-e autre.
La crispation sur des représentations caduques et figées ne peut pas être constructive. Inventons plutôt d’autres relations entre les sexes, d’autres rôles adaptés aux désirs de chacun-e… Inutile de se raccrocher à un bâton de chimpanzé !

Béatrice Gamba, Mix-Cité Paris

(1) Sous la direction de Richard Wrangham (université d’Harvard), in Current Biology, déc. 09.

(2) J. Condry & S. Condry, «  Sex differences: A study of the eye of the beholder  », in Child Development n°  47, 1976, p.  812-819.

(3) Vincenzo Formicola, «  L’Apparition de l’homme moderne  », in C. Susanne, E. Rebato et B. Chiarelli, Anthropologie biologique, Bruxelles, De Boeck, 2003.

(4) Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys, Cerveau sexe et pouvoir, Paris, Belin, 2005, p. 89-90.

(5) Idem, p. 51.

http://observatoire2.blogs.liberation.fr/diversite/2011/03/les-chimpanz%C3%A9s-sont-ils-d%C3%A9mocrates-.html
 

lundi, juin 18, 2007

Arrêt sur images

La chaîne publique a décidé de licencier Daniel Schneidermann, l'animateur depuis douze ans de l'émission Arrêt sur images. France 5 n'a pas fourni d'explication.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/261945.FR.php

Certainement la meilleur émission du pauvre PAF. A qui le tour ? Las bas si j'y suis sur France Inter ?
El Luna

vendredi, mai 11, 2007

Respect

Ségolène Royal a indiqué vendredi à l'AFP qu'elle n'a «pas l'intention de se représenter à la députation».
Elle respecte ainsi le principe de non cumul des mandats qu'elle a défendu.
«Je n'ai pas l'intention de me représenter», a déclaré la députée des Deux Sèvres. «Bien que la loi l'autorise, l'avenir est au non-cumul des mandats, et je m'applique à moi-même le non-cumul dont j'avais défendu le principe lors de la campagne présidentielle».

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/253151.FR.php

Juré craché (croisé ne compte pas) ?

vendredi, mai 04, 2007

Campagne en direct

Charles de Gaulle l'avait voulu, Dominique de Villepin en a rêvé, la campagne 2007 l'a fait : l'élection présidentielle est enfin devenue cette fameuse « rencontre entre un homme et un peuple ». Ou peut-être entre une femme et un peuple. Certes, c'est la huitième fois que les Français élisent directement leur président depuis que le général de Gaulle a instauré le vote au suffrage universel pour le choix du chef de l'Etat en 1962. Mais c'est la première fois que la campagne s'est réellement déroulée « en direct ». Les intermédiaires ont disparu. Ou ils ont été transparents. C'est une nouvelle ère de la démocratie qui a commencé en 2007.

La première victime de cette disparition de la médiation, c'est, bien entendu... les médias. Le débat entre les deux candidats, regardé par plus de 20 milions de Français mercredi soir, était à cet égard exemplaire. Sur le plateau, Patrick Poivre d'Arvor et Arlette Chabot n'étaient pas des « animateurs » ou des « modérateurs » comme il y en a dans la plupart des débats, mais des « présentateurs » qui se sont concentrés sur... l'équilibrage des temps de parole. Avant le débat, les deux candidats s'étaient mis d'accord sur la séquence des thèmes de leurs échanges (institutions, économie, social, éducation...). Ségolène Royal a cassé ce bel ordonnancement d'entrée de jeu en parlant dès sa deuxième phrase de la dette, de la pauvreté et du pouvoir d'achat. Les deux journalistes ont essayé tant bien que mal de revenir au canevas originel. Mais le rôle qui leur était imparti interdisait la moindre contradiction. Impossible d'intervenir pour souligner les incohérences ou les contrevérités, qui n'ont pas manqué, comme avait osé le faire Jean Boissonnat avec Valéry Giscard d'Estaing en 1981 sur le chômage.

Ce débat très médiatisé mais sans médiation n'est pas venu par hasard. Il a constitué le point d'orgue d'une campagne où les médias se sont effacés derrière la « France réelle » et les « vraies gens ». C'est le cas à la télévision. La première expérience du genre avait pourtant été désastreuse : c'était la discussion de Jacques Chirac avec 83 jeunes le 14 avril 2005, pendant la campagne du référendum sur le projet de Traité constitutionnel européen. Le spectacle affligeant d'un président malentendant et surtout malcomprenant avait été suivi par plus de 7 millions de téléspectateurs. Cette fois-ci, les chaînes ont multiplié les émissions où les candidats étaient placés « directement » face à leurs électeurs. Dans l'exemple le plus abouti de cette logique, « J'ai une question à vous poser » sur TF1, un candidat répondait directement aux questions d'un « échantillon représentatif de la population française » en chair et en os, dûment constitué par la Sofres. Le journaliste se contentait de passer la parole.

A sa manière, la presse écrite a joué la même carte. « Le Parisien » a fait interroger les candidats par huit hommes et femmes de la rue. « Les Echos » ont organisé plusieurs rencontres entre des personnalités - chefs d'entreprise, intellectuels, syndicalistes - et un candidat, et aussi des débats en région entre figures locales et proches des principaux candidats. Les médias n'ont pas été les seuls à s'effacer. Les partis politiques sont eux aussi passés à l'arrière-plan. A gauche, c'est éclatant. Ségolène Royal a imposé sa candidature au PS en s'adressant « directement » aux militants, en passant par-dessus les oreilles des éléphants. Elle avait mis un minuscule logo du PS dans son affiche de campagne du premier tour, qui a naturellement disparu de celle du second tour. A droite, c'est plus subtil. Nicolas Sarkozy s'est emparé en 2004 de l'UMP, créée deux ans plus tôt pour soutenir la candidature de Jacques Chirac à la précédente élection présidentielle. Il en a fait une machine de guerre électorale... avant d'estomper dans le paysage ce signe de continuité politique, oublié sur ses affiches. Au nom, sans doute, de cette fameuse rencontre d'un homme et d'un peuple.

Troisième intermédiaire englouti par le débat : les intellectuels. L'expertise a disparu du champ politique. Autrefois, les grands noms s'affrontaient par unes de magazines interposées. Aujourd'hui, c'est leur disparition du débat qui fait la une des mêmes journaux. La présence d'une ancienne gloire maoïste dans un meeting de Nicolas Sarkozy ne change pas grand-chose à l'affaire. Tout au plus peut-on remarquer des prises de position collectives des économistes : vingt-sept en faveur de Ségolène Royal (appel paru dans « Les Echos » du 4 avril) et quelques autres en faveur de Nicolas Sarkozy tout récemment.

Cette « désintermédiation » du débat politique s'inscrit logiquement dans un monde où le pouvoir est beaucoup plus diffus qu'avant. C'est vrai dans la famille où le programme de télévision regardé le soir n'est plus déterminé par un diktat paternel, mais par une négociation entre parents et enfants lors du dîner. C'est vrai dans l'entreprise, où la hiérarchie est écrasée et l'autonomie encouragée. Dans la vie de la cité, l'Internet joue évidemment un rôle majeur pour « désintermédier ». Déjà très active en 2005, la blogosphère est devenue un vaste champ d'échanges. Des millions d'internautes composent leur débat à la carte. Sur le site Dailymotion.com, une vidéo anti-Sarkozy a ainsi été téléchargée... près de 2,6 millions de fois. Le « serment de Ségolène Royal » a été téléchargé plus de 1 million de fois, ainsi que les extraits volés de sa sortie sur les 35 heures pour les profs. Et le succès du site monté par Alexandre Jardin, Commentonfait.fr, prouve l'envie des Français de participer au débat.

La « démocratie participative » est en route. Au moins une victoire pour Ségolène Royal ! Cet avènement pose toutefois deux risques majeurs. Le premier, c'est l'avènement de Mme Michu, la « michucratie », pour reprendre le terme forgé par François Lenglet, directeur de la rédaction d'« Enjeux-Les Echos ». Le débat de mercredi l'a une nouvelle fois montré : sans le contrepouvoir des experts, les politiques ont le pouvoir de dire n'importe quoi, de s'abstraire d'un principe de réalité certes encombrant, mais néanmoins indispensable à l'exercice de la démocratie. Le second risque, c'est le morcellement du débat, la montée des clientélismes au détriment d'une vision de la France et du monde, l'éloignement d'une transcendance des oppositions sans laquelle le changement devient impossible. A cet égard, le débat de mercredi était inquiétant. Charles de Gaulle le savait bien : la « rencontre d'un homme et d'un peuple » ne suffit pas à définir l'avenir du pays.

JEAN-MARC VITTORI est éditorialiste aux « Echos ». jmvittori@lesechos.fr

mardi, mai 01, 2007

A voir absolument










A voir absolument
La brillante interview d'Edwy Plenel

Je crois qu'il serai bon de faire circuler l'adresse.

Source : http://www.dailymotion.com/related/3030044/video/x1eb3z_edwy-plenel-sengage-contre-sarkozy/1

dimanche, avril 29, 2007

Indéboulonable

Interview d'Edwy Plenel. Extrêmement interessant.
Source : http://www.dailymotion.com/related/3030044/video/x1eb3z_edwy-plenel-sengage-contre-sarkozy/1