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vendredi, juin 24, 2011

Rires collectifs


En marge du sommet de l’Otan, le Président a réuni vendredi soir à Lisbonne des journalistes pour se défendre dans l’affaire Karachi. Une scène étonnante.
Par DAVID DUFRESNE
Onze minutes et vingt secondes de souffle, de rires, de confidences, de gêne, d’exhortation à faire notre métier de journaliste. Onze minutes et vingt secondes de Nicolas Sarkozy tel qu’en lui-même, en marge du dîner officiel de l’Otan de vendredi. Onze minutes et vingt secondes d’un Président obsédé par les affaires, en quasi-roue libre, mi-détendu, mi-tendu, Karachi, Bettencourt, Clearstream. Retranscription intégrale.
Michaël Darmon (France 2) : «Qu’est-ce que vous répondez aux victimes de Karachi qui vous interpellent dans les derniers développements ?»
Nicolas Sarkozy : «Pardon, mais… je vous le dis à vous, je le dirai… parfois, certains de vos confrères, je ne leur fais pas le reproche mais, quand même, c’est curieux. La moitié des journaux disent que j’étais le trésorier de la campagne de Balladur. Monsieur Darmon, je vous pose une question est-ce que j’ai été trésorier de la campagne de Balladur ?»
M.D. : «Non.»
N.S. : «Non, je ne veux gêner personne, mais c’est simple de vérifier quand même… Est-ce que c’est pas difficile de vérifier ? Est-ce que j’ai été trésorier ou pas ? Je n’ai jamais été trésorier de la campagne de Balladur. D’autres disent que j’ai été directeur de la campagne de Balladur. Est-ce que j’ai été le directeur de la campagne de Balladur ? J’étais le porte-parole de Balladur. Bon, hein. Pourquoi ne pas être précis ? Deuxième chose, je n’ai jamais été ministre de la Défense, je ne suis pas au courant des contrats de sous-marins négociés à l’époque, avec un président qui s’appelle M. Mitterrand, un Premier ministre qui s’appelle M. Balladur, avec un ministre de la Défense qui s’appelle M. Léotard. En tant que ministre du Budget, je n’ai jamais eu à en connaître ni de près ni de loin puisque même… même… la procédure de validation, vous savez, par le ministre du Budget sur proposition du directeur général des impôts, a été supprimée en 1992 par M. Charasse, octobre 1992. Je n’ai donc même pas eu à le faire. Vous voyez ce que je veux dire ?
«Alors, alors… on me dit, il y a eu des commissions. Parfait. Personne n’a la moindre preuve de quoi que ce soit, personne. Ah, il y a de l’argent liquide sur la campagne de M. Balladur, très bien, OK, dont les comptes ont été validés par le Conseil constitutionnel. Ah oui, mais Sarkozy, c’était un soutien de Balladur, il est président de la République, donc il est dans le coup… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Est-ce qu’il n’y a pas un moment, je vous le dis sans être agressé, est-ce que par moments, on peut être sérieux ? Est-ce qu’il y en a un seul parmi vous qui a vu un document qui me mette en cause ni de près, ni de loin ? Mais moi, sous prétexte que je suis président de la République, et que j’ai été porte-parole de la campagne de Balladur… Mais en quoi ? Y a-t-il un document qui me mette en cause, un seul ?»
Un journaliste : «Il semblerait qu’il y ait votre nom, que vous ayez donné votre aval à la création de deux sociétés au Luxembourg…»
N.S. : «Ah, Luxembourg ! Comme Clearstream !»
Un journaliste : «Non, je ne pensais pas à ça… Des sociétés par lesquelles seraient passées des rétrocommissions ?»
N.S. : «Mais jamais, mon pauvre, j’ai donné mon aval… Mais il y a une pièce qui dit que j’ai donné mon aval ?»
Un journaliste : «Manifestement, elle est dans le dossier du juge, oui.»
N.S. : «Une pièce avec le nom de Nicolas Sarkozy qui dit ça ? Mais enfin, écoutez, jamais. Je n’en ai aucun souvenir. Vous voyez le ministre du Budget qui va signer un document pour donner son aval à une société luxembourgeoise ? Pendant deux ans, on m’a poursuivi pour l’affaire Clearstream au Luxembourg. Tiens, c’était Van Ruymbeke [juge d’instruction, ndlr] aussi, tiens… C’était le même, ah ça, c’est curieux…»
Un journaliste : «Vous pensez que c’est la même mécanique…»
N.S. : «Ah ! J’en sais rien, mais enfin, je ne suis pas spécialiste du Luxembourg. Je n’ai pas de compte chez Clearstream. Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ? "Il semblerait." Vous êtes journaliste, dites-moi quelque chose… "Il semblerait", c’est quoi ?»
Un journaliste : «Je dis "il semblerait" parce que moi je n’ai pas accès au dossier du juge…»
N.S. : «Moi non plus. Le dossier du juge, personne n’y a accès. Remarquez, il communique avec tous les journalistes. Et ce brave M. Millon - c’est "off" ce que je vous dis - qui dit qu’il a une intime conviction. Une intime conviction, ah bon. On lui dit, si j’ai bien lu : "Mais alors ça se base sur quoi ?" "Des rapports oraux des services." Ah bon, quels services ? Quels services ? Qu’il dise un nom, un service. Mais personne, aucun service. "Ah, moi j’ai l’intime conviction que vous êtes un malhonnête." Sur quoi ? Les rapports oraux des services. Mais quels services ? C’est la DGSE ? C’est les Renseignements généraux ? C’est la DST ? Et à la DGSE, c’est monsieur Untel.
«Vous comprenez, c’est incroyable, c’est incroyable. Et après, moi, je dois me justifier. Et votre confrère, très sympathique : "Il semblerait que vous ayez donné votre accord pour la création de deux sociétés luxembourgeoises." Mais il connaît pas le nom des sociétés, il ne sait pas si il y a un document qui me met en cause en quoi que ce soit, et moi je réponds… Ce qui ferait, si je parlais "on" : "Nicolas Sarkozy dément avoir donné son accord." Mais écoutez, on est dans un monde de fous, quand même. Il n’y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétrocommissions sur des sous-marins au Pakistan, c’est incroyable et ça devient le premier sujet à la télévision. Et vous - j’ai rien du tout contre vous -, "il semblerait que vous soyez pédophile…" Qui me l’a dit ? "J’en ai l’intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier ?" Et ça devient : "Non, je ne suis pas pédophile."
«Mais attendez… faut être sérieux quand même. Soit vous avez quelque chose et dans ce cas-là j’y réponds bien volontiers. Soit vous n’avez rien et parlez-moi de choses intéressantes… Un jour, c’est sur Mme Bettencourt, un jour c’est sur Karachi, un troisième c’est sur Clearstream. Un quatrième, c’est sur des comptes que j’aurais en Suisse. Sortez-moi une bonne fois pour toutes ce que vous avez et parlons-en, mais vous ne pouvez pas être instrumentalisés - vous qui faites un métier sérieux - tous les jours sur n’importe quoi. Sur les déclarations d’un avocat excité. Soit il y a quelque chose, dans ce cas-là je m’explique bien volontiers. Soit il n’y a rien… Et je m’explique sur quoi ? Ecoutez… Quand même, c’est curieux. Ça remonte à 1994. Bientôt dix-sept ans. Bon, s’il y avait quelque chose sur moi, ça se serait trouvé vous croyez pas ? Non ? En dix-sept ans ? Enfin… Sous prétexte que j’ai soutenu M. Balladur… Oui, je l’ai soutenu. J’étais son porte-parole. Un type sérieux comme Bruno Dive écrivait dans Sud-Ouest«Nicolas Sarkozy est le trésorier de la campagne de Balladur.» Et il est journaliste politique, spécialiste… Mon Dieu, qu’est-ce que ça serait s’il ne l’était pas ? Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Mettez-vous à ma place, c’est votre métier quand même. Enfin, écoutez… Cela ne vous a pas suffi Clearstream et tout ça ? Faut recommencer ?
«Je suis pas du tout agressif, d’abord je vous en veux pas, non, mais attends, vous me trouvez fâché ? D’abord, le pauvre, il n’est pas pédophile. [Rires] Non, je ne le pense pas, mais… C’est pas un fait. Il me dit… en plus je le connais, je l’apprécie, j’ai aucun contentieux, il me dit "il semble que vous ayez donné l’autorisation à la constitution de deux sociétés luxembourgeoises". Je n’en ai aucune idée… Y a-t-il un document qui montre à un moment ou à un autre que j’ai donné instruction de créer des sociétés luxembourgeoises ? Alors peut-être que le ministère l’a fait à un moment, j’ai été ministre du Budget deux ans, peut-être, mais moi, non, jamais ! Vous comprenez, je ne sais pas, je n’en sais rien. Mais reconnaissez que la question ainsi posée est un petit peu vague pour se justifier, vous comprenez… [Un conseiller du Président lui propose de mettre un terme à l’échange] Oui, on va dîner.»
Un journaliste : «J’espère qu’on ne vous a pas coupé l’appétit.»
N.S. : «Mais non. C’est sans rancune, hein, le pédophile ?» [Rires collectifs]
Un journaliste : «Et sur l’Irlande, où est-ce que nous en sommes maintenant ?»
Autre journaliste : «On revient aux sujets sérieux…» [Rires collectifs]
N.S. : «Ne vous trompez pas, c’est un sujet sérieux. On ne va pas courir en permanence après la dernière boule puante comme ça. Ecoutez, vous êtes des gens sérieux, vous êtes des professionnels. Soit on vous donne des pièces et vous me demandez de me justifier, soit, dans ce cas-là, vous considérez que c’est de la manipulation, point. Vous n’avez pas besoin de moi pour ça, quand même…»
Un journaliste : «Vous pensez que tout ça est une cabale ? Vous y voyez des arrière-pensées politiques ?»
N.S. : «Mais non, c’est pas ce que je dis. Je dis : "Faites votre travail." C’est à vous de voir si c’est sérieux. C’est à vous de faire votre travail… D’ailleurs, vous le savez bien que ce n’est pas sérieux… C’est à vous de faire votre travail, vous me demandez de faire quoi ? Je ne suis pas journaliste enquêteur, vous avez le droit d’enquêter… Attendez, c’était quoi l’autre jour sur quoi je devais me justifier ? C’était le chauffeur de Mme Bettencourt qui tenait de la gouvernante aujourd’hui décédée de Mme Bettencourt - c’était, comment s’appelle-t-il, Mediapart ? - que j’avais demandé de l’argent à Mme Bettencourt. Et tout une après-midi, on a dû diffuser un communiqué de l’Elysée pour savoir ce qu’on répondait au chauffeur de Mme Bettencourt qui tenait de la gouvernante de Mme Bettencourt, aujourd’hui décédée, que j’avais demandé de l’argent à Mme Bettencourt… C’était la semaine dernière…»
Un journaliste: «Est-ce que…»
N.S. : «Ça n’arrête pas. Je ne parle pas du grand complot ou quoi, ce serait ridicule. Tant que vous donnez de l’importance… Donnez de l’importance quand vous voyez des faits. Rappelez-vous de Mme Thibout, la fameuse [ex-comptable de Liliane Bettencourt, ndlr], que vous avez martyrisée pendant deux jours sur j’ai demandé de l’argent à Mme Bettencourt pendant vingt ans, avant de vous rendre compte deux jours après que Mme Thibout n’avait pas dit ça à Mediapart, que Mme Thibout a commencé sa déposition à la police en disant "la romance de Mediapart", j’ai fait deux 20 heures, deux 13 heures là-dessus… Que ça vous serve de leçon, aussi. Ce n’est pas à moi de faire votre enquête, c’est à vous, vous êtes des grands garçons… professionnels. C’est à vous de voir si vous êtes manipulés ou pas. Pas à moi…»
Un journaliste : «Est-ce que vous êtes d’accord pour qu’on lève le secret sur tout un tas de documents qui permettraient peut-être de tirer tout ça au clair ?»
N.S. : «Mais tout à fait, mais tout à fait. Je ne suis pas d’accord pour qu’on déclassifie le… le… m’enfin, écoutez… On ne va pas tout déclassifier pour que les services secrets du monde se disent "l’information qu’on donne, ça va sortir". Je ne suis pas… J’ai le sens de l’Etat. Mais pour les documents… A ma connaissance, il n’y en a pas un seul qui ait été refusé.»
Un journaliste : «Bernard Accoyer refuse de mettre sur la place publique…»
N.S. : «Mais Bernard Accoyer, c’est Bernard Accoyer…»
Un journaliste : «Vous dites il n’y en a pas un…»
N.S. : «Oui mais pas un de l’Etat, pas un seul de l’Etat… Enfin ! Ecoutez, ça m’a fait plaisir de vous voir… [Bruits de chaises] Amis pédophiles, à demain !» [Rires collectifs]

http://www.liberation.fr/politiques/01012304117-sans-rancune-le-pedophile

Sarkozy et son oeuvre

Décryptage : Sarkozy et son oeuvre de contrôle du net
"Le président de la République actuel a un plan". C'est la première phrase du livre de François Bayrou, Abus de Pouvoir, et l'on peut la vérifier au moins en ce qui concerne le contrôle du net. Depuis la loi DADVSI où il était président de l'UMP et ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy a déployé son plan pour contrôler le net. Il a commencé à l'appliquer avant-même la loi Hadopi, et prévoit de le parachever avec la Loppsi. Dans cet article exceptionnellement long, Numerama tente un décryptage du net selon Sarkozy.
Petit à petit, les pièces du puzzle s'assemblent et l'image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n'a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s'apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet... et les internautes.
Lundi, Le Monde a publié un excellent article sur la prochaine loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi, ou Lopsi 2), qui montre ce que prévoit le nouveau texte commandé par Nicolas Sarkozy : installation de mouchards électroniques sans vérification de leur légalité par les services de l'Etat, légalisation des chevaux de Troie comme mode d'écoute à distance, création d'un super-fichier "Périclès" regroupant de nombreuses données personnelles (numéros de carte grise, permis de conduire, numéros IMEI des téléphones mobiles, factures...), création d'un délit d'usurpation d'identité, pouvoir de géolocaliser les internautes, ...
Sans cesse repoussée, la loi est attendue de pieds fermes par Nicolas Sarkozy. C'est d'ailleurs en partie elle qui a justifié l'obsession du Président à maintenir contre vents et marée la loi Hadopi. Car "le président de la République actuel a un plan". Pour le comprendre, il nous faut accumuler les pièces à conviction. Certaines relèvent très certainement de la paranoïa, d'autres sont véritablement réfléchies par le Président.
Mises bout à bout, elles laissent peu de doute sur la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler le net, aussi bien dans son contenu que dans son infrastructure.
Au commencement, Nicolas Sarkozy voulu devenir Président
Très tôt dans sa carrière politique, Nicolas Sarkozy n'a eu qu'une obsession : devenir président de la République. Et une vision : pour y parvenir, il fallait contrôler les médias. Maire de Neuilly-Sur-Seine, il s'efforce de faire entrer rapidement dans son cercle d'amis proches les Martin Bouygues, Lagardère (père et fils) et autres Dassault qui le conduiront par leur amitié complice au sommet du pouvoir. C'est d'autant plus facile que ces capitaines d'industrie, propriétaires de médias, dépendent pour l'essentiel de leurs revenus des commandes de l'Etat. Entre amis, on sait se rendre des services...
Toute cette énergie de réseautage a été mise au service de son ambition présidentielle. En 2007, c'était la bonne. Première tentative, première victoire. Mais Nicolas Sarkozy a eu chaud. Il avait négligé Internet. A quelques points près, François Bayrou - qui a au contraire beaucoup misé sur Internet pendant la campagne - passait devant Ségolène Royal au premier tour de la Présidentielle, et c'est le leader du MoDem qui se serait retrouvé à l'Elysée.
Il serait faux toutefois de prétendre que Nicolas Sarkozy, qui s'était assuré le soutien du bloggeur Loïc Le Meur (à l'époque le plus influent), s'est aperçu trop tard du pouvoir du net. Fraîchement élu, le président Sarkozy n'avait pas tardé à demander "l'avènement d'un internet civilisé", prônant une "campagne de civilisation des nouveaux réseaux". Le coup de Trafalgar du refus de la Constitution européenne par les Français avait montré pour la première fois au monde politique les limites des médias traditionnels face à Internet, où l'opposition au texte européen fut virulente. Les amis de Nicolas Sarkozy dans les grands médias et l'industrie culturelle l'ont très vite convaincu qu'il fallait faire quelque chose. Lui pour conserver le pouvoir, eux pour limiter cette concurrence gênante. C'est Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV) qui s'est chargé des basses oeuvres, sous l'oeil attentif de son président de l'UMP et ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy.
DADVSI et HADOPI : les premières pierres vers le filtrage
Derrière les apparences d'une première loi contre le piratage sur Internet, comme l'avait prédit le journaliste américain Dan Gillmor, c'est une alliance à trois qui s'est formée entre le pouvoir politique, le pouvoir médiatique et l'industrie culturelle. A peine la riposte graduée (déjà) adoptée, RDDV avait prévenu que la loi DADVSI "n'est que le premier d'une longue série d'adaptations de notre droit à l'ère numérique", et qu'il comptait bien s'attaquer "un jour au problème de la presse et de l'Internet". C'était en 2006.
Affaibli par la débâcle de DADVSI, le ministre de la Culture n'a pas eu le temps de mettre son projet en application. Mais l'idée d'accorder un label à la presse professionnelle en ligne et de doter les sites de presse d'un statut particulier opposé aux blogs était née. Nicolas Sarkozy l'a mise en application cette année. Le tout en permettant à la vieille presse papier de bénéficier par ailleurs de substantielles aides de l'Etat, contraires à la libre concurrence, pour investir le net.
Avec la loi Hadopi, qu'il a maintenu jusqu'à mettre en péril la cohésion du groupe UMP, le chef de l'Etat a réussi à imposer à tous les foyers français l'installation d'un "logiciel de sécurisation", qui, sous la forme d'un mouchard, aura pour but de filtrer les sites internet et certains logiciels. Soit de manière franche, en bloquant l'accès à des contenus ou des protocoles. Soit de manière plus sournoise, en mettant en place un système qui met en avant les sites labellisés par l'Hadopi ou par les ministères compétents, pour mieux discréditer les autres. Les sites de presse professionnels feront bien sûr partis un jour des sites labellisés, tandis que la multitude de blogs ou de sites édités par des journalistes non professionnels verront leur crédibilité mise en doute. Pour le moment on ne sait rien du périmètre des caractéristiques imposées par l'Etat aux logiciels de sécurisation, et c'est bien là sujet d'inquiétudes. Il suffira d'étendre par décret la liste des fonctionnalités exigées pour que la censure se fasse de plus en plus large et précise, hors du contrôle du législateur ou du juge.
LOPPSI : le filtrage imposé aux FAI
Si elle prévoit la création de ce logiciel de sécurisation, et suggère fortement son installation, la loi Hadopi ne fait cependant pas de son installation une obligation. Le risque d'inconstitutionnalité serait trop fort. Il faut donc compléter le tableau, en organisant un filtrage au niveau de l'infrastructure du réseau. C'est le rôle de la loi Loppsi, chapeautée par Michèle Alliot-Marie.
Entre autres choses, la Loppsi va imposer aux FAI une obligation de filtrage de résultat. Ils auront le devoir de bloquer l'accès à des sites dont la liste sera déterminée par l'administration, sous le secret. Ce qui n'est pas sans poser d'énormes problèmes dans les quelques pays qui ont déjà mis en place cette idée. Là aussi, une fois mis le pied dans la porte, sous prétexte de lutter contre la pédophilie (une tentation du pathos contre laquelle il faut résister), il suffira d'étendre la liste des exceptions qui donnent droit au filtrage. Ici pour les maisons de disques victimes de piratage, là pour les sites de presse suspectés de diffamation, ou pour les sites de jeux d'argent qui ne payent pas leurs impôts en France. La liste n'aura de limites que l'imagination et l'audace des gouvernants.
Encore faut-il que ces idées de contrôle du net puissent se mettre en place sur le terrain, ce qui nécessite des hommes et des femmes peu regardants. C'est dans cet art que Nicolas Sarkozy excelle le plus.
Le choix des hommes, le triomphe des idées
Dès 2006, Nicolas Sarkozy a compris qu'il aura besoin de verrouiller son gouvernement et les télécoms pour mettre en place son plan de contrôle d'internet. Christine Boutin, qui avait été une farouche et convaincante opposante à la loi DADVSI fin 2005 (au point de faire basculer le vote de certains députés UMP pour la licence globale), et qui avait défendu l'idée d'un internet libre, s'est ensuite mue dans un silence confondant à la reprise des débats en mars 2006. En échange, et entre temps, elle a reçu la promesse de Nicolas Sarkozy d'entrer au gouvernement après les élections présidentielles si elle mettait sa langue dans sa poche. Les deux ont tenu parole.
Président de la République, Nicolas Sarkozy a ainsi composé son gouvernement de manière à accomplir son oeuvre sans opposition interne. Nadine Morano à la Famille, et Michèle Alliot-Marie à l'Intérieur, n'ont pas eu besoin de forcer leur nature pour prêcher la censure de certains sites Internet ou le filtrage des sites pédophiles ou terroristes. Porte-parole de l'UMP, pilotée par l'Elysée, le lobbyiste Frédéric Lefebvre ne passe plus une semaine sans se confondre en invectives contre Internet, et réclamer le filtrage. En plaçant l'ex-socialiste Eric Besson au numérique, Sarkozy pensait peut-être aussi paralyser les critiques à la fois de son propre camp et de l'opposition, tout en s'assurant le soutien d'un homme qui a troqué ses convictions pour son ambition. En le remplaçant par Nathalie Kosciusko-Morizet, plus rebelle, Sarkozy a pris un risque. Mais il fait aussi un pari. Celui que son frère Pierre Kosciusko-Morizet, président des deux plus gros lobbys français du numérique hostiles au filtrage, serait moins audible dans son opposition si sa soeur est systématiquement suspectée de collusion lorsqu'elle défend le même point de vue. Ce qui n'a pas manqué lorsque PKM a prêché, dans le vide, un moratoire sur la loi Hadopi.
Il a fallu aussi convaincre dans les télécoms. Free, à la nature frondeuse, reste le plus difficile à manipuler pour Nicolas Sarkozy. Il a toutefois trouvé une arme : la quatrième licence 3G. L'opérateur sait qu'elle va être rapidement indispensable pour continuer à concurrencer Bouygues, SFR et Orange, qui peuvent tous proposer des offres regroupant ADSL et mobile. Mais elle est dépendante de la volonté du gouvernement. Très rapidement, Christine Albanel a fait comprendre à Free qu'il devrait être obéissant pour espérer accéder à la fameuse licence. Depuis, le dossier ne cesse d'être repoussé sous des prétextes fumeux, et Free a mis de l'eau dans son vin contre Hadopi et contre le filtrage, dans l'espoir de ne pas hypothéquer ses chances d'avoir accès à la téléphonie mobile.
Pis, Nicolas Sarkozy a fait nommer numéro deux de France Telecom Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui ne compte "que des amis" dans la commission qui déterminera le prix de la quatrième licence 3G. L'homme aura également pour mission de mettre en oeuvre le filtrage chez Orange, qu'il dirigera d'ici deux ans.
Le contrôle des institutions ayant leur mot à dire sur le filtrage
Enfin, Nicolas Sarkozy s'est également assuré de contrôler les institutions qui pourraient lui faire de l'ombre. La CNIL, qui s'est opposée à l'Hadopi, n'aura pas le droit de siéger au sein de la haute autorité. Les amendements le proposant ont été refusés. Elle n'a pas non plus eu le droit de publier son avis contre la loi Hadopi, et les deux députés commissaires de la CNIL, tous les deux membres de l'UMP, ont voté pour la loi. L'un des deux, Philippe Gosselin, a même été un farouche défenseur de la loi à l'Assemblée, et sans doute au sein de l'institution. Dans son dernier rapport annuel, la CNIL a dénoncé l'omerta imposée par le gouvernement, et son manque d'indépendance, notamment financière.
Plus directement, Nicolas Sarkozy a également évincé l'autorité de régulation des télécommunications (Arcep) des études sur le filtrage, auquel elle était hostile. Redoutant que l'autorité ne reste trop à l'écoute des professionnels des télécoms et des internautes, le président de la République a récemment mis à la tête de l'Arcep Jean-Ludovic Silicani, l'ancien président du Conseil de la propriété littéraire et artistique (CSPLA). Un homme notoirement favorable au filtrage et à la lutte contre le P2P. Le CSPLA, rattaché au ministère de la Culture, compte par ailleurs parmi ses membres le Professeur Sirenelli, à qui le gouvernement confie quasiment toutes les missions juridiques liées au filtrage depuis quatre ans, avec un résultat certain.
Finalement, c'est au niveau européen que Nicolas Sarkozy compte ses plus forts adversaires. Il a entamé un bras de fer avec le Parlement Européen sur l'amendement Bono, et exerce un lobbying intense sur les Etats membres pour qu'ils refusent de marquer dans le marbre le principe du respect de la neutralité du net, contraire au filtrage. Il peut compter sur le soutien de Silvio Berlusconi, propriétaire de médias, qui met en place exactement le même plan en Italie. Mais il redoute l'opposition des députés européens.
D'où l'importance des élections européennes du 7 juin prochain. De leur résultat dépendera peut-être la réussite ou l'échec du plan mis en place par Nicolas Sarkozy.
Guillaume Champeau - publié le Mercredi 20 Mai 2009 à 09h08 - posté dans Société 2.0

mercredi, juin 27, 2007

«Il y a un vrai mépris des journalistes»

Le Forum des sociétés de journalistes appelle à une «réunion d'urgence» cet après-midi. Ordre du jour: les «menaces sur le pluralisme et l'indépendance de l'information économique». Entretien avec son président François Malye, grand reporter au Point.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/263723.FR.php

lundi, juin 18, 2007

Arrêt sur images

La chaîne publique a décidé de licencier Daniel Schneidermann, l'animateur depuis douze ans de l'émission Arrêt sur images. France 5 n'a pas fourni d'explication.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/261945.FR.php

Certainement la meilleur émission du pauvre PAF. A qui le tour ? Las bas si j'y suis sur France Inter ?
El Luna

jeudi, mai 17, 2007

Là-bas si j'y suis

En ce moment... l'émission modeste et vraiment géniale "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet sur France Inter ou sur le web @ : http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/labassijysuis/archives.php

Une série exceptionnelle d’entretiens avec Noam Chomsky.
Ainsi que Michael Albert, Jean Bricmont, Normand Baillargeon, Andrew Bacevich, Max Wallace...
Du lundi 14 mai au vendredi 18 mai 2007

Les archives de l'émission @ : http://www.la-bas.org/
A écouter sans modération.
Et un livre : Petit cours d'auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon.