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mardi, juin 28, 2011

Moue millimétrée

On pourrait presque en rire. L'équipe de TF1, pardon, sous-traitante de TF1 (1), qui filme une attachée de presse d'Eric Ciotti, président du conseil général des Alpes-Maritimes, jouant les mères de famille dépassées, cette équipe n'imagine-t-elle pas une seconde que la supercherie sera découverte à la seconde même de la diffusion du reportage ? L'attachée de presse du président doit tout de même être un peu connue parmi les élus du conseil général, y compris les élus d'opposition ! Jusqu'à la justification des bidonneurs, aussi confondante que le reste: "une maman devait témoigner, elle n'est pas venue", a expliqué (2)le directeur de la communication du conseil général. Traduisons: le conseil général avait réquisitionné une authentique mère-dépassée-ne-voyant-d'autre-solution-que-la-suppression-de-ses-allocations. Mais, sans doute dépassée par la situation, elle ne s'est pas présentée. Sublime aveu: il fallait que la mère dépassée colle parfaitement au casting des mères dépassées. Elle devait être dépassée, oui, mais juste ce qu'il faut, pour coller au scénario, et justifier la moue millimétrée de Pernaut, au retour plateau (ledit Pernaut, dans ses "excuses", a d'ailleurs oublié un précédent, comme nous le signalions hier (3)).

Reste un mystère: puisqu'ils savent que la supercherie sera découverte, pourquoi la commettent-ils tout de même ? Une seule hypothèse: tous les protagonistes, équipe de tournage, attachée de presse, tous ont si bien interiorisé qu'un JT n'est que mise en scène, casting, et illustration de scénarios pré-écrits, ils ont si bien intégré leur rôle de fournisseurs de témoins plus ou moins douteux (notre dossier complet est ici (4)) qu'ils ne se soucient même plus des quelques grammes de "réel", qui doivent tout de même cautionner l'ensemble du produit. A vivre dans la fiction, on oublie le réel. L'affaire rappelle la savoureuse affaire de la fausse femme de polygame, inventée par Le Point (5). Elle rappelle aussi les mises en scène (6) de "La cité du mâle", documentaire d'ARTE qui présentait tous les jeunes d'une cité comme des machos. Puisque ces cancres, machos et polygames, ne collent pas assez avec l'image que nous souhaitons en donner, alors retouchons, mettons en scène les cancres, machos et polygames.

La télé n'a pas le monopole des truquages. Les ministres s'y entendent aussi très bien. Il y aura fallu plus d'un mois (7), de persévérance de la rubrique Désintox de Libé, mais c'est fait (8): poussée par les syndicats, la direction de l'INSEE a fini par démentir le mensonge du ministre Guéant, qui avait affirmé que les deux tiers de l'échec scolaire en France étaient imputables aux enfants d'immigrés. Là encore, mystère: pourquoi le mensonge originel de Guéant, pourquoi sa persévérance dans le mensonge, jusqu'à aller faire porter des droits de réponse à Libé, par motard officiel ? Conviction sincère de sa bonne foi ? Certitude de l'impunité ? Douce habitude des petits mensonges, jamais démasqués ? Allez savoir. Reste aussi une autre question: est-il bien nécessaire de se battre ? De fait, le rectificatif de l'INSEE n'aura jamais le quart, le dixième de l'impact d'une parole ministérielle, et même Libé d'aujourd'hui préfère consacrer sa manchette à coller à l'agenda de Martine Aubry, plutôt qu'à cette victoire sur Guéant. Est-ce donc bien la peine de se battre ? Oui. Et de toutes manières, il n'est pas d'autre choix, face à l'avalanche des mises en scène et des mensonges, que de coller aux faits, même loin des gros titres, et des projecteurs. Et faire ensuite confiance à toutes les bonnes volontés, pour porter cette victoire, où elle doit être portée.
Daniel Schneidermann

vendredi, juin 24, 2011

Standardisation du contrôle-commande

Les autorités de sûreté nucléaire britannique, française et finlandaise ont émis lundi des réserves sur les systèmes de sûreté des réacteurs nucléaires EPR. Elles demandent aux exploitants et fabricant «d'améliorer la conception initiale de l'EPR», selon une déclaration commune. Une déclaration qui intervient alors que deux de ces réacteurs de troisième génération sont en cours de construction en France et en Finlande.
Le niveau de sûreté des systèmes de contrôle-commande, cerveau de l'EPR, avait déjà été mis en cause en avril par l'Inspection britannique des installations nucléaires (NII), pays où les groupes français Areva et EDF se proposent de construire quatre réacteurs.
La critique porte sur la trop grande interconnexion entre deux systèmes de contrôle, supposés être indépendants, l'un faisant fonctionner le réacteur et l'autre assurant sa sécurité. «L'indépendance de ces systèmes est importante. En effet, si un système de sûreté est appelé à servir en cas de perte d'un système de contrôle, alors ces deux systèmes ne doivent pas faillir simultanément», soulignent lundi les autorités de sûreté du nucléaire française (ASN), britannique (HSE/ND) et finlandaise (STUK).
En conséquence, les exploitants se voient demander «d'améliorer la conception initiale de l'EPR». «Il incombe aux exploitants et au fabricant Areva de répondre aux questions techniques soulevées par leurs autorités de sûreté», des solutions différentes pouvant être proposées par chaque exploitant «pour pallier la perte de systèmes de sûreté», selon la déclaration commune.
Dans une lettre adressée au directeur de l'ingénierie nucléaire à EDF, le directeur général de l'ASN, Jean-Christophe Niel, lui demande «d'examiner dès à présent des dispositions de conceptions différentes», car la «certitude d'aboutir in fine à une démonstration de sûreté acceptable fondée sur l'architecture actuelle n'est pas acquise». L'ASN relève que la «complexité» de cette architecture «rend difficile l'élaboration d'une démonstration de sûreté satisfaisante».
Pour le groupe Areva, «la sûreté du réacteur n'est pas mise en cause». Areva «soutient la démarche commune des autorités de sûreté nucléaire qui vont dans le sens d'une standardisation du contrôle-commande», a déclaré à l'AFP une porte-parole du constructeur.
La «renaissance du nucléaire est décapitée», s'est pour sa part réjoui le mouvement «Sortir du nucléaire», qui demande «l'annulation générale du programme EPR», et en particulier du chantier en cours à Flamanville (Manche) et du réacteur prévu à Penly (Seine-Maritime). «Sur le plan technique, les deux principaux réacteurs actuellement sur le marché, l'EPR français et l'AP 1000 américain, rencontrent de très graves difficultés, tant sur le plan de la sûreté que sur les chantiers déjà engagés», ajoute l'association anti-nucléaire dans un communiqué.
Destiné à devenir le premier réacteur EPR de troisième génération au monde, le réacteur d'Olkiluoto en Finlande, prévu initialement pour l'été 2009, accumule les retards et les dépassements de coût. Son entrée en service pourrait être de nouveau retardée au-delà de juin 2012, a prévenu à la mi-octobre le commanditaire TVO.
(Source AFP)