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vendredi, juin 24, 2011

Un homme de gauche peut-il être riche?

Stupéfiés, accablés, révoltés, les Français assistent, à l’occasion de «l’affaire Bettencourt-Woerth», à la mise à nu d’une part constitutive de l’identité de la droite : la consanguinité du monde des «riches» et de celui des «puissants», le rapport incestueux entre le pouvoir et l’argent, le déni - d’un tel cynisme qu’il tourne à la naïveté - de ce qu’est un conflit d’intérêt. Ce qui rend la situation actuelle grosse de dangers pour le pouvoir, ce n’est pas le seul dévoilement de cette réalité, ni même que cette révélation intervienne alors que la crise économique et sociale est profonde, mais le fait que le pouvoir, tournant le dos à ses engagements, pratique une politique injuste et contraire aux promesses accordées. Dernier élément du puzzle à se mettre en place, cette affaire permet à tous de saisir le sens de ce qui s’est passé depuis 2007 : un mensonge de campagne suivi d’une volte-face. Elle permet de dessiller les yeux les mieux fermés. La colère, froide pour l’instant, monte dans le pays.
Toutefois, une question de fond soulevée par cette affaire concerne la gauche. Une question délicate : celle du rapport à l’argent, qui se double de celle du rapport de l’élite au peuple. Différentes formulations en sont possibles : un homme politique de gauche peut-il être riche ? Peut-il être lié à des personnalités fortunées ? La possession ou la fréquentation de l’argent disqualifient-elles un homme, ou une femme, de gauche pour solliciter les suffrages de ses concitoyens et exercer le pouvoir ? L’appartenance à l’élite, notamment financière, d’un pays est-elle rédhibitoire pour qui veut représenter la gauche et son peuple ? On ne peut plus écarter ces interrogations en invoquant l’histoire et en rappelant que, de Léon Blum à Lionel Jospin en passant par François Mitterrand, le Parti socialiste et la gauche se sont toujours donné des leaders issus de la bourgeoisie et jamais du prolétariat. Car l’époque n’est plus la même, les temps ont changé.
La mondialisation n’a pas seulement transformé la nature du capitalisme en conférant à la finance un poids démesuré et pour tout dire irrationnel ; elle a fait exploser de façon indécente les rémunérations des chefs d’entreprise, dissous bien des repères politiques et moraux, effacé les frontières entre sphères publique et privée, estompé celles entre dirigeants d’Etat et patrons de multinationales, accru la tentation de l’enrichissement rapide - y compris pour des responsables politiques qui ne sont que des hommes… Les cas symptomatiques de Tony Blair et Gerhard Schröder illustrent cette dérive. En tombant là où ils penchaient depuis longtemps, les avocats de la «Troisième voie» et du «Neue Mitte» ont donné raison a posteriori à ceux qui ont éprouvé une méfiance immédiate à l’égard de leurs projets et de leur rhétorique et qui ont combattu leurs tentatives pour subjuguer l’ensemble de la social-démocratie européenne. Ils ont surtout mis en lumière la perversion de notre époque qui voit d’anciens chefs de gouvernement «de gauche» accumuler en quelques années une fortune en monnayant son carnet d’adresses.
Délicate et légitime, donc, cette question a été récemment abordée dans ces mêmes colonnes par Jacques Julliard, lorsqu’il a postulé qu’en 2012 la gauche ne saurait être conduite à la bataille présidentielle par un membre de «l’establishment financier» (Libération du 18 janvier 2010), ce qui fut interprété comme un appel au boycott de l’éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn. La réponse à cette question peut être envisagée en trois temps.
Le temps politique. Ce qui compte, ce sont d’abord les projets et les programmes adoptés, les actes posés, les politiques conduites. Un homme politique de gauche est un homme qui prend des engagements de gauche et qui agit à gauche. Sa fortune personnelle, celle de ses amis ou de ses relations, son mode de vie ne sont pas sans intérêt ou sans conséquences, mais ils sont et doivent rester seconds dans l’appréciation politique que l’on porte sur lui. La sincérité d’un engagement ou la force d’une conviction ne peuvent se mesurer à la seule aune d’un compte en banque.
On peut certes comprendre que la richesse soit suspecte à ceux qui défendent le sort des plus faibles d’entre nous. Mais il serait contraire à l’idéal de la gauche de condamner par principe un homme pour sa position sociale, qu’elle soit de naissance ou acquise, tout comme il serait illusoire de considérer qu’un homme du peuple soit mécaniquement de gauche. Soyons vigilants sur les prises de position, les analyses, les propositions politiques de chacun et critiquons-les, combattons-les lorsque cela est nécessaire. Jugeons les hommes sur ce qu’ils disent et font et non sur ce qu’ils sont ou sur ce que nous pensons qu’ils sont. De même, la vie des hommes est ainsi faite que chacun peut avoir un ami qui soit riche ou qui le devienne. Devrait-on renoncer à une telle amitié parce que l’on est engagé à gauche ? Là encore, ce qui importe ce sont la vigilance et le respect de règles de comportement.
Une morale de comportement. L’éthique constitue précisément le deuxième temps de cette réflexion. La question de la compatibilité entre l’argent et la gauche renvoie ici à celle de la distance. En l’occurrence, la distance qu’il faut savoir mettre, lorsqu’on est un responsable politique de gauche, entre soi et l’argent - et ceux qui le détiennent. Cela ne signifie pas l’interdiction de vouloir progresser socialement, de chercher à mettre les siens à l’abri du besoin, ni même de s’enrichir. Pas davantage la condamnation du monde de l’entreprise, dont la finalité reste pourtant le profit. Cela veut dire que dans la relation, inévitable, que nous entretenons tous avec l’argent il faut savoir conserver une distance, la distance qui permet de rester libre. Libre de ses appréciations, de ses choix, de ses décisions. Une tâche difficile, car, par définition, chacun y est son seul juge. Elle n’en est que plus indispensable.
La démarche personnelle. C’est encore de distance qu’il s’agit, mais de façon inversée cette fois. Un responsable politique de gauche doit absolument garder le contact avec les classes populaires - jeunes, chômeurs, ouvriers, employés - qui représentent la raison d’être de son action et qui devraient constituer le cœur de son électorat. Même - et en fait surtout - si le fil de sa vie l’entraîne au sein de l’élite, il doit tout mettre en œuvre pour préserver et faire vivre son lien avec le peuple. Il ne s’agit pas de nier les différences de revenus et de positions sociales qui peuvent exister, mais de toujours chercher à les combler ou à les dépasser par l’échange et le contact physique.
Le peuple est intelligent. Il sait bien que ceux qui le gouvernent ou aspirent à le faire ne vivent pas, à de rares exceptions, comme lui. Qu’ils n’ont ni les mêmes revenus, ni les mêmes distractions, ni les mêmes perspectives. Il n’attend pas d’eux qu’ils mentent, qu’ils dissimulent leur mode de vie ou, pire, qu’ils singent le sien. Il veut et il attend plus que de «l’écoute» ou de la «proximité» : une envie de comprendre ses problèmes, une honnêteté et une lucidité dans l’analyse politique, du courage dans la décision, une fierté de le représenter, une décence dans l’attitude publique et de la dignité dans l’exercice des fonctions conférées par la République.
Il n’y a pas de fatalité dans ce domaine : ancien banquier chez les frères Rothschild, Henri Emmanuelli n’a jamais été suspecté de «virer à droite»… Pas de fatalité, mais un risque néanmoins réel, pour les dirigeants de gauche, de se couper de ce terreau populaire, de ne plus rechercher ce mélange, cette mixité qui représentent une véritable forme d’hygiène politique. Au bout de la pente, il y a alors pour cette élite le conformisme intellectuel, le manque d’imagination et de volonté politique, une forme de résignation, la tentation d’ériger ses propres intérêts en idéologie dominante.
Vivre parmi les citoyens, parmi les Français au service desquels on s’est placé, au milieu d’eux, avec eux, pas forcément de la même manière, mais avec eux : voilà la solution pour prévenir ce danger, mortel pour la gauche. C’est ce qu’a toujours su faire Lionel Jospin, même lorsqu’il était Premier ministre et encore aujourd’hui qu’il vit de sa pension de retraite d’élu de la République et de diplomate. Cet éloignement du peuple n’est-elle pas à la racine la grave crise de confiance que connaît le pays ? N’est-ce pas la vraie raison du divorce entre Nicolas Sarkozy et les Français ? A la gauche et à ses aspirants candidats de méditer la leçon.

Modèle économique


Madoff plus grand escroc de l'histoire? Pas évident, car il y a de la concurrence dans le secteur. D'abord, les estimations initiales ont été revues à la baisse et la pugnacité du liquidateur nommé dans l'affaire permet de récupérer des sommes importantes. On apprend aussi que Madoff avait un homologue en Russie, en version plus bas de gamme. Et puis il ne faut pas oublier Michael Milken, inventeur des junk bonds dans les années 80 avant de prendre dix ans de taule et qui aurait en partie inspiré le célèbre personnage de Gordon Gecko dans Wall Street. Ni Nick Leeson, l'homme qui fit couler la vénérable Barings avec une paume de 1.4 Mds$. Somme depuis surpassée par notre Kerviel national qui, lui, n'a pas réussi à faire sombrer la SocGen. Et puis, pour rester en France et dans le domaine de la fraude pure et dure, il y eut au début du siècle l'affaire Stavisky, escroc qui finit déclencher une tempête politique. Mais le précurseur et l'inspirateur, c'est Charles Ponzi qui a inventé la pyramide éponyme qu'a utilisée Madoff. Spectaculaires et révoltantes ces affaires, mais un presque épiphénomène à l'échelle de la planète. Ce qui n'a pas empêché des économistes d'essayer de modéliser ce qui déclenche les comportements de fraude. Voir même de mettre en parallèle les cycles économiques, notamment les bulles, avec une pyramide de Ponzi.
La finance-Ponzi
Rappelons brièvement le principe très simple de la pyramide de Ponzi. On attire quelques investisseurs en leur faisant miroiter des rendements très importants, en tout cas nettement supérieurs au marché. L'appât du gain aidant, un 2ème cercle d'investisseur apparaît et leur argent permet de payer les rendements promis au premiers. Et ainsi de suite. Les nouveaux entrants doivent être de plus en plus nombreux pour permettre au système de tourner, ce qui explique la forme pyramidale. Quand la base de celle-ci devient trop large et qu'il n'est plus possible de trouver de nouveaux investisseurs (ou si la combine est éventée), le système s'effondre. Et les derniers investisseurs perdent toute leur mise. C'est ce qui s'est passé dans l'affaire Madoff.
Or, que se passe-t-il lors de la formation de bulles spéculatives? Les investisseurs sont attirés vers une nouvelle classe d'actifs (les start-ups Internet par exemple) qui promettent des rendements nettement supérieurs au reste du marché. La valeur de ces actifs monte, attirant des investisseurs toujours plus nombreux, ce qui permet aux premiers entrants de réaliser de belles plus-values. Puis, une fois atteint le sommet, c'est le krach et les derniers entrants sont scotchés. Toublant, non? Si l'on élargit encore, on se rend compte que depuis 20 ans, l'économie et notamment la sphère financière s'est considérablement développée avec des taux d'intérêts bas et un crédit facile. Cette liquidité abondante a attiré des investissements énormes, alimenté des bulles (immobilières notamment) et toujours plus d'entrants, jusqu'aux ménages pauvres américains (via les subprimes). Jusqu'à l'effondrement et, là encore, des pertes notamment pour les derniers entrants (notamment les ménages américains expulsés ou les Irlandais ayant acheté au plus haut des prix immobiliers).
Elucubrations? Un économiste américain, Hyman Minsky, avait théorisé cela dans les années 60/70, dans l'indifférence quasi-générale (et un grand scepticisme). Mort en 1996, il n'a pas connu la crise actuelle qui donne du crédit à ses idées. L'idée de Minksy était la suivante: dans les cycle économiques où tout va bien, l'appréciation du risque devient erronée et l'aversion à celui-ci de plus en plus faible. Une première classe d'acteurs rentre: ceux-ci peuvent assurer à la fois le paiement du principal des dettes qu'ils contractent ainsi que les intérêts. Viennent ensuite les spéculateurs. Ceux-ci peuvent payer les intérêts mais doivent refinancer le principal au fur et à mesure. Puis viennent les «emprunteurs-Ponzi» qui ne peuvent rembourser ni le principal ni les intérêts. Plus la période de stabilité est longue, plus cette dernière classe d'emprunteurs devient importante et plus l'économie ressemble à un château de cartes qui finit par s'effondrer.
Or, l'économie mondiale a été portée depuis la vague néolibérale des années 80 par une expansion très forte (bien que marquée par de multiples crises) avec une explosion du crédit qui ressemble fort à ce que prédisait Minsky. Les derniers et plus emblématiques «emprunteurs-Ponzi», ce sont les ménages américains qui ont acheté leurs maisons via les fameux subprimes et qui n'avaient effectivement pas les moyens de rembourser leur prêt ni même d'en payer les intérêts au-delà de quelques années voire de quelques mois. Et c'est bien d'eux qu'est parti l'effondrement du système ...
Théoriser la fraude
Mais la théorie économique a été encore plus loin. Dans son grand dessein de modéliser les comportements humains et notamment de leur attribuer des facteurs rationnels et objectivables, ils ont tenté de modéliser les comportements frauduleux. Ainsi, Akerlof et Romer, en 1993, postulent que certaines fraudes ne sont pas des aberrations mais des réactions normales dans certains environnements réglementaires et économiques où il devient plus rationnel de frauder que de jouer le jeu. Ils s'appuient pour cela sur la crise des Caisses d'Epargne aux USA dans les années 1980. Pour faire simple, l'Etat, pour des raisons politiques, épongeait les dettes de ces établissements, même si ceux-ci étaient non rentables, éventuellement pour des raisons frauduleuses.
Mais leur modèle présente une grande faille: s'il est plus rentable de frauder, pourquoi tous les individus ne le font pas? Et ce, même si tous les acteurs possèdent l'information (le fait que certains ne fraudent pas n'était dans ce cas pas dû à ce que les «bons acteurs» ne connaissaient pas la combine). Les auteurs n'y répondent pas. Et pour cause, on touche ici à mon sens à la limite de la modélisation car interviennent des notions qui ne touchent plus à la rationalité «pure» mais à des éléments plus subjectifs, qu'on peut appeler, au choix, morale, valeurs, éthique, surmoi.
On peut ainsi voir le fait de contourner la loi (par des actes plus ou moins condamnables, allant de frauder le fisc à braquer une banque) comme un calcul bénéfices/risques au niveau de chaque individu. Si je veux frauder le fisc, quel est le gain potentiel, les chances de me faire prendre et le prix à payer dans ce cas (redressement avec pénalités)? Si je veux braquer une banque, étant donné le risque (prison), j'ai surtout intérêt à le faire si je suis dans une impasse totale (quelqu'un de relativement «établi» n'aura aucun intérêt à le faire étant donné le risque). Et pourtant, les individus qui passent à l'action ne sont pas forcément ceux qui ont le plus intérêt à le faire. Les braqueurs de banque ne sont pas systématiquement les plus fauchés et/ou désespérés. Preuve que la fraude ne peut se mettre en équation car intervient ici un élément irréductible à la modélisation: la psyché humaine. L'affaire Kerviel en fournit un bon exemple: le comportement du jeune trader a plus été influencé par des ressorts psychologiques (désir de revanche et de reconnaissance) que par opportunisme financier...
Photo © Reuters

http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2011/01/madoff.html

dimanche, février 24, 2008

Blanquette au supermarché

Heureusement que je ne mange que de l'herbe open source s'est dit Blanquette.