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vendredi, juin 24, 2011

Noam Chomsky

Les dix stratégies de manipulation de masses

1/ La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Hommes sandwich


Le bouche-à-oreille est depuis des années déjà le nerf de la guerre en matière de marketing viral, faisant de chaque internaute disposant d’un compte Facebook ou Twitter un relais de communication plus ou moins étendu.
« Aimer » une fan page d’un groupe de musique ou d’une marque s’affiche ainsi depuis longtemps dans le flux d’informations de vos contacts sur Facebook, qui peut déjà le signaler de manière plus exposée via les publicités de sa colonne de droite. Avec le système Sponsored Stories, le réseau social aux 600 millions de membres va plus loin. Décrit par Facebook comme « un nouveau moyen pour les marketers de faire émerger des recommandations via le bouche-à-oreille », le concept consiste à transformer certaines publications d’« amis » (notamment les check-in par géolocalisation grâce à Facebook Places et les « likes » de pages officielles) en publicités.
L’idée vous gonfle d’avance ? Pas de chance : pour l’instant, l’opt-out (soit possibilité de ne pas profiter de la chose) est impossible. Démonstration :
La critique de cette fonctionnalité doit toutefois prendre en compte une caractéristique importante : il n’y a rien de bien vraiment neuf dans cette nouveauté, comme l’explique un directeur de produit pour Facebook dans la vidéo. « Tout ce qu’un de vos amis peut voir comme une histoire sponsorisée utilisant l’un de vos contenus est en réalité quelque chose qu’il aurait déjà vu en temps normal dans son flux d’informations. Une histoire sponsorisée avec votre contenu n’apparaît jamais sur le mur d’un membre qui ne serait pas votre ami », peut-on entendre dans la vidéo.
Une impression de déjà vu ? Peut-être l’épisode Beacon, du nom de ce système présenté en 2007 qui mixait déjà contenus personnel et publicité, avec le non succès que l’on connaît : après un procès en 2008, Beacon avait définitivement été abandonné par l’entreprise en septembre 2009. Reste à espérer que Facebook écoutera, une fois de plus, les retours de ses utilisateurs pour accommoder au mieux ce nouveau type de service.
http://www.ecrans.fr/Facebook-600-millions-d-hommes,11861.html

64 875 paluches à serrer


Drôle d'exercice de statistique auquel s'est livré le site américain Business Insider. Tout ému d'avoir été reçu à la Maison Blanche par le président Obama, l'un des éditeurs du site a voulu remettre cette expérience "excitante" en perspective. Conclusion : pas moins de 65 000 personnes vivent ce moment unique chaque année.
Le président américain, Barack Obama, et son homologue chinois, Hu Jintao.
Pour arriver à ce chiffre, les apprentis mathématiciens de Business Insider ont consulté un ancien haut responsable de l'administration présidentielle – un "insider". Que dit cet homme qui a travaillé avec "un prédécesseur de Barack Obama" ?
Un président américain rencontre entre 100 et 250 personnes par jour. "Certains jours, le président rencontre des milliers de personnes, comme lorsqu'il visite l'académie militaire de West Point et qu'il serre la main de chaque officier, ce qui fait environ 1 200 personnes. D'autres jours, il reste à Camp David et ne rencontre quasiment personne", explique le témoin.
Sortons à présent les calculatrices : 100 à 250 donne une moyenne de 175, soit un total annuel de 64 875 paluches à serrer. Ou encore 255 500pour un mandat de quatre ans. Autre conclusion : l'expérience vécue par l'éditeur de Business Insider est partagée chaque année par un Américain sur 4 615.
Si un valeureux commentateur se sent le courage de mener ses calculs pour les 12 ans de mandat de Jacques Chirac, considéré comme le champion toutes catégories, nous sommes preneurs.

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/06/10/statistique-le-president-des-etats-unis-serre-65-000-mains-par-an-business-insider/

dimanche, février 24, 2008

Blanquette à la mer

Après la plage, sur le port, elle a croisé un drôle d'agité.

Blanquette était au salon de l'agriculture

Et elle a été choquée par ce garçon mal poli, et pourtant elle n'est qu'une chèvre.

dimanche, octobre 21, 2007

Fragments d’un discours hasardeux : la rhétorique sarkozienne décortiquée

CHRONIQUE

Si vous l’avez raté (mais est-ce seulement possible ?), voici un tout petit digest de la prose présidentielle entendue jeudi soir dans la lucarne. Une micro-dose de rhétorique sarkozienne, un échantillon de quelques minutes plongé dans mes petites éprouvettes perso.
En réponse à la question de PPDA sur la prise en compte ou non
de la pénibilité des tâches dans la réforme du régime des retraites, Sarkozy a commencé comme ça : '' « Ecoutez : moi j’ai été élu par les Français pour résoudre les problèmes de la France. On m’a pas élu pour commenter les problèmes de la France ; on m’a élu pour trouver des solutions ».''
« Ecoutez » : ça commence avec un phatique (qui n’a d’autre vocation que d’assurer le contact, ça n’a aucune valeur informative - de même que l’ explication à laquelle je me livre ici, que mes lecteurs fidèles connaissent par coeur). Phatique ultra-classique, qui présente l’avantage, par sa forme impérative, d’instaurer un léger, mais indiscutable, rapport de force entre celui qui le prononce et celui à qui il est adressé (c’est une forme adoucie de : fermez-la), et de ne coûter à son locuteur aucun effort cognitif (pendant qu’il le prononce, lentement, automatiquement, il gagne du temps, et économise sa pensée, occupée à former la suite de la phrase : toujours ça de gagné). Rien là que de très banal : tous les politiques l’emploient, pour les mêmes raisons, avec les mêmes effets.
Puis vient cet éloquent préambule, spécifiquement sarkozyste : « on m’a pas élu pour commenter les problèmes de la France, on m’a élu pour trouver des solutions », En d’autres termes : refus de la politique du « commentaire », qu’on pourrait appeler la métapolitique, au profit de la politique de l’action. On observera que disant cela, Sarkozy COMMENTE les motivations supposées de ses électeurs et son propre projet politique : il fait donc exactement la métapolitique qu’il prétend récuser. Ça s’appelle une antiphrase : ou l’art d’affirmer une « vérité » que le contexte énonciatif dément formellement. C’est une aberration ; mais avec un peu d’aplomb, ça passe pour une évidence.
Ça continue : « les Français s’inquiètent du financement de leurs retraites », « c’est un problème depuis des années », « il y a des décisions qui n’ont pas été prises toutes ces années, eh ben il faut les prendre. Tranquillement, simplement ». Tous ces énoncés n’ont aucune valeur politique dans le sens que Sarkozy vient de donner à sa fonction : ils ne formulent aucune solution. En dépit de son engagement initial, Sarkozy ne fait pas autre chose que commenter les problèmes des Français – et que dire alors de son engagement originel, celui du candidat promis au triomphe : « je ferai ce que j’ai dit, je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas ». A l’échelle de quelques phrases, et de quelques minutes, déjà, il n’y arrive pas (tout rhétoricien sait d’ailleurs qu’il est à peu près impossible de tenir ce genre de promesse, et qu’il vaut mieux s’abstenir de les faire).
Et ça continue : « je veux dire deux choses aux Français : d’abord il ne faut pas stigmatiser cette catégorie de Français (ie : les cheminots, les gaziers, les électriciens, les agents de la RATP : Sarkozy cite ces professions concernées par les régimes spéciaux, omettant évidemment d’évoquer les autres – on ne lui en voudra pas, personne n’en parle). Ils ne sont pas coupables ». Manquerait plus que ça : voici donc que par cette réfutation saugrenue (qui a dit que coupables, ils l’étaient ???), il en fait des victimes de quelque stigmatisation qu’il viendrait protéger de sa magnanime autorité. La victimophilie présidentielle est donc si grande qu’elle est prête à s’inventer des objets là où nulle victime pourtant n’est venue se plaindre ? « Je veux dire », insiste-t-il, se livrant à un classique exercice de… métalangage, ou l’art de commenter sa propre énonciation. Sarkozy aime décidément beaucoup le méta, quoi qu’il en dise.
Il aime aussi beaucoup l’autorité, la sienne surtout, puisqu’avec son adresse aux Français leur commandant de ne stigmatiser personne, Sarkozy est encore en train, l’air de rien, de donner un ordre (encore une forme adoucie de « fermez-la ») Il poursuit : « D’abord il y a la pénibilité de leur travail, ensuite il y a l’histoire des luttes sociales dans ce pays, ça compte, et lorsqu’ils ont été embauchés (à la ratp, à la sncf etc), ils ont trouvé un régime, ils ont trouvé un statut : il ne s’agit pas de les accuser de quoi que ce soit ». On aura compris que ces réfutations saugrenues (« il ne s’agit pas de les accuser ») sont des tropes communicationnels : Sarkozy fait ici semblant de parler à la France qui stigmatise (dont il postule, sinon invente, l’existence), tandis qu’il parle en réalité aux supposés stigmatisés, dont il fait ses victimes protégées : c’est l’équivalent d’une caresse sur la tête prodiguée à tous les bénéficiaires de régimes spéciaux.
Alors faisons le point : l’entretien est commencé depuis plusieurs minutes. Démarré en fanfare par le refus de la politique du commentaire, Sarkozy n’a pour l’instant fait que cela : commenter, commenter toujours, et il continue « Ils sont pas privilégiés parce que c’est des ptits salaires, et que c’est des boulots qu’sont difficiles. Et j’voudrais vous dire une chose, c’est qu’j’ai pas oublié l’attitude de ces fonctionnaires lors de la tempête de 1999 on était bien contents de les trouver, les électriciens, lorsque tout s’était effondré, et j’ai pas oublié le courage des agents de la RATP lorsqu’il y a eu les émeutes de 2005 ». Stop. On aura bien sûr noté au passage le glissement progressif, comme lors de chacune de ses allocutions télévisées, de raccourci syntaxique en apocope syllabique, vers ce que j’ai appelé jadis la langue du peuple (ou comment Nicolas Sarkozy joue l’idiome du village). Ainsi se construit sinon l’image, du moins le bruit de l’homme proche du peuple que l’avocat d’affaires a si bien imprimé dans l’imaginaire collectif, par quoi il a pu faire croire qu’il était l’ami des petites gens.
Mais j’arrête là décidément parce que cette allocution comme toutes les autres, je n’ai pas pu l’écouter en entier. Je ne supporte pas, je ne supporte plus la parole politique qui fait du bruit du bruit du bruit avant de parler, si l’on peut appeler « parler » la livraison, en passant, de la fameuse solution dont Sarkozy prétend que c’est la seule chose qu’on attend de lui: la solution tout le monde la connaît (alignement des régimes spéciaux sur le régime général, transition aménageable dans le temps avec prise en compte de la pénibilité, sans préciser ni sous quelle forme, ni dans quelle mesure) – et l’on peine toujours à comprendre qu’il faille tout ce barnum rhétorique pour finir par dire ce que tout le monde savait déjà.
Au fond RIEN ne s’est véritablement dit dans le passage que je viens de décortiquer. D’où l’intérêt de le décortiquer : car pendant qu’il ne nous disait rien, mais qu’il parlait tout de même, Nicolas Sarkozy faisait non seulement de la politique (celle qu’il récuse, celle qui ne fait que blablater), mais surtout de la rhétorique, l’air de rien : flattant les uns, commandant aux autres, dominant chacun et parlant comme tout le monde, il faisait passer mille messages à la minute, mille massages imprimant doucement, « tranquillement, simplement » comme il répéta beaucoup ce soir là, dans la masse molle de notre imaginaire l’empreinte forte, très forte, qu’il entend y laisser.

samedi, octobre 13, 2007

Little brother

L'omniprésence du président dans les médias est le résultat d'une stratégie pensée dans ses moindes détails. Des journalistes témoignent du rythme d’enfer imposé par le Président.
Par RAPHAËL GARRIGOS et ISABELLE ROBERTS
QUOTIDIEN : vendredi 21 septembre 2007
Les journalistes sont fatigués. «On a le nez dans le guidon», dit l’un. «On est noyés», soupire un autre. «J’en ai marre de toujours courir à droite et à gauche»,lâche une troisième. Tous crevés, épuisés, rincés par Nicolas Sarkozy, qui imprime à ceux qui le suivent le même train que le sien : d’enfer.
«Sarkozy, c’est le Jimi Hendrix de la com, un virtuose. C’est lui qui choisit le terrain, le timing, c’est lui qui mène la danse», reconnaît Bernard Zekri, directeur de la rédaction de la chaîne tout info i-Télé et de Canal +. Là où Chirac communiquait pépère une fois par mois en moyenne, là où Mitterrand jouait de la rareté de sa parole, Sarkozy est partout et tout le temps.
«Permanence». Cette semaine, c’était un festival : un discours sur le social à Paris, sur les fonctionnaires à Nantes… Avec, à chaque fois, les journalistes dans sa roue : «Il a dessiné un nouveau Tour de France, et nous on est les suiveurs», résume Zekri. A chaque déplacement de Sarkozy, un sujet au JT, des sons à la radio, un tombereau de dépêches AFP… «C’est notre rôle de chaîne d’info en continu, plaide Guillaume Dubois, directeur de la rédaction de BFM TV, que de suivre le Président en permanence.»
Même chanson à l’Agence France Presse : «On n’a pas tellement de solutions, l’AFP est censée tout couvrir, il faut suivre Sarkozy. Après on peut jouer sur le volume des dépêches. Sur les obsèques du marin pêcheur auxquelles Sarkozy a assisté, par exemple, on n’en a pas fait des tonnes». Pour Philippe Ridet, qui au Monde suit Sarkozy, «un accrédité doit suivre a priori, c’est le président, il propose des choses. Après, notre responsabilité, c’est écrire ou pas».
Le 6 septembre, la veille du Conseil des ministres décentralisé en Alsace, Patrice Machuret, journaliste à France 3, a fait un truc de fou : contrairement à tous les suiveurs du Président, Libération inclus, Machuret n’a pas fait de sujet. «Il n’y avait rien, rien de nouveau, rien qu’il n’ait déjà dit, raconte Machuret, j’ai appelé la direction, ils m’ont dit : Ah, t’es sûr ? et puis ils m’ont écouté.» Ne pas faire de sujet quand il n’y a rien à dire, quoi de plus normal. Pourtant, les confrères de Machuret l’ont regardé de travers. Lui persiste et signe : «C’était de la com. C’est compliqué parce que Sarkozy nous bombarde tellement, le recul n’est pas facile à prendre, mais il faut que nous, les journalistes, on fasse attention.»
«Agenda». Faire gaffe : pas si facile pour ces moulinettes à info que sont LCI, i-télé et BFM TV. La journaliste Valentine Lopez, spécialiste de Nicolas Sarkozy pour i-Télé, l’admet : «C’est vrai qu’on en fait beaucoup mais, en même temps, Sarkozy est imprévisible. Il nous impose son agenda. Il distille de l’info tout le temps.» Géraldine Woessner, de BFM TV, renchérit : «Personne ne nous oblige à faire les sujets, mais on risque le ratage.» Les deux journalistes font le même constat : pas assez de temps pour travailler, passer des coups de fils, vérifier. Bref, faire son boulot de journaliste.
Belles vitrines pour Sarkozy que ces chaînes info qui, depuis des mois, ont toutes pris le même pli : la retransmission des discours présidentiels en direct. Micro ouvert pour Sarkozy, sans filtre, sans commentaire, sinon, ici et là, un débat ou une analyse avant ou après la prestation. La course au direct va même jusqu’à retransmettre les déclarations des porte-parole de l’Elysée (BFM TV) ou de Matignon (LCI) !
Très décontractée, l’OPA de Sarkozy sur les médias, et sans risque : alors que le gouvernement, la majorité et l’opposition se partagent le temps de parole télévisé par tiers, celui du président de la République est à part. Décompté par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), mais les chaînes n’ont pas à compenser du Sarkozy par du Hollande. Cet été, le député PS Didier Mathus a attiré l’attention du CSA sur cette atteinte au pluralisme. Réponse : tout doux, le CSA réfléchit depuis plus d’un an, «mais il ne faut pas attendre de décision avant au moins la fin de l’année», indique-t-on au CSA. Pendant ce temps, Sarkozy poursuit son marathon médiatique.

De la méthode

Avec un agenda savamment surchargé et adapté en permanence, Nicolas Sarkozy a mis en place une stratégie destinée à asphyxier les médias.
Par ANTOINE GUIRAL
QUOTIDIEN : vendredi 21 septembre 2007
Au bord de la Sarkoverdose ? Hier soir encore, le chef de l’Etat s’est invité en prime time dans les JT des deux principales chaînes de télévision, depuis son bureau de l’Elysée, pour assurer le service après-vente de ses deux discours de la semaine sur le social et la fonction publique. Comme chaque semaine, il est aussi à la une de plusieurs magazines. Tourne en boucle sur les radios et télé d’info en continu. Et sa photo s’étale partout en France sur des affiches et les murs des kiosques. Quand ce n’est pas lui, son épouse Cécilia prend le relais : tout l’été, elle a fait la couverture des magazines et celle de l’Express la semaine dernière. Depuis le début de la semaine, Libération a consacré trois unes d’affilée à Sarkozy, dont celle-ci, pour évoquer la manière dont l’omniprésident asphyxie les médias en leur imposant son agenda, la clé de voûte du succès de sa communication.
Bouger. Dévoilé chaque semaine lors d’une conférence de presse à l’américaine par le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, mis en œuvre par son chef de cabinet, Cédric Goubet, cet agenda est l’objet de toutes les attentions du Président. Chaque matin, vers 8 h 30, «il réunit ses plus proches collaborateurs et donne des instructions politiques qui doivent être mises en musique dans son agenda officiel dans les jours à venir», raconte l’un d’eux. Bouger, occuper le terrain, se montrer à l’étranger (mais jamais trop longtemps), alterner les moments de solennité dans des cadres institutionnels et les rencontres avec de «vraies gens», se montrer dans les stades (il assistera ce soir au match de rugby France-Irlande) ou les usines, poser (en riant si possible) aux côtés des grands de ce monde, et ne surtout pas oublier les victimes ou des champions (il remettra la Légion d’honneur à Tony Parker le 28 septembre)…
En dépit des apparences, Nicolas Sarkozy exige qu’on lui ménage d’abondantes plages libres. Et il peut piquer de grosses rognes s’il les juge insuffisantes. Il dit que ces ­moments creux ont été décisifs pour lui durant sa campagne pourtant menée pied au plancher.
Au quotidien, de savants dosages sont opérés pour donner de la cohérence à l’ensemble. Tous les arbi­trages sont évidemment rendus par Nicolas Sarkozy, qui peut chambouler ce bel ordonnancement pour cause d’actualité.
Vers 9 h 30, l’équipe de presse et des déplacements présidentiels se réunit autour de David Martinon pour se répartir la besogne et effectuer les fameux «prépas» (les voyages préparatoires) destinés à mettre au point chaque détail de la mise en scène du déplacement présidentiel : trajet à pied depuis sa voiture, positionnement des caméras et des appareils photo, organisation des pools pour la presse, décors en arrière-plan, positionnement des barrières pour la foule…
«Rien». Une association a lancé un appel pour «une journée nationale sans Sarkozy dans les médias» le 30 novembre, date anniversaire de l’annonce officielle de la candidature à la présidentielle de l’ex-ministre de l’Intérieur. «Pas une image, pas un son, pas une ligne sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy ne doivent sortir ce jour-là des rédactions ! Ni éloge, ni critique, ni commentaires ! Rien de rien s’il vous plaît», supplie Pierre Biloun, le sociologue qui préside l’association Rassemblement pour la démocratie à la télévision. Interrogé hier lors d’une conférence de presse sur la journée sans Sarkozy, Martinon, a répondu par une boutade : «A vous de voir si vous avez envie de vous censurer ce jour-là… ou de prendre une journée de congé supplémentaire.»
A plusieurs ministres, Sarkozy a récemment conseillé de pratiquer comme lui l’asphyxie médiatique : «Inondez les rédactions, bougez, démultipliez-vous.» Aux dernières nouvelles, personne ne lui a encore volé la vedette.

samedi, mai 05, 2007

Une étude étonnante

2007: La presse a fait mieux que les sondeurs

Qu’on l’interprète d’une manière ou d’une autre, cette étude met en évidence de façon éclatante les jeux complexes d’interaction entre les médias, les sondages et l’opinion, qui ont sans doute été plus intenses dans cette élection que dans tout autre jusqu’ici.

Source : http://aixtal.blogspot.com/2007/04/2007-la-presse-fait-mieux-que-les.html

Une étude étonnante sur le site de Jean VÉRONIS, Professeur de linguistique et d'informatique

lundi, avril 30, 2007

La démocratie d'opinion triomphe


Un bon papier d'Alain DUHAMEL

Extrait :
En 2002, les médias dominants avaient obsessionnellement concentré leurs caméras sur l'insécurité. En 2007, ils ont choisi de se prosterner devant la démocratie d'opinion, puisqu'ils pensent que là se trouvent l'audience, la mode, le succès et l'argent. Les émissions phares ressemblent donc à la quintessence, à la caricature de la démocratie d'opinion : pas de confrontation candidat contre candidat, projet contre projet, moins encore d'interviews dignes de ce nom, mais au contraire de pseudo-échantillons de Français anxieux de témoigner de leurs problèmes personnels et d'additionner 63 millions de cas particuliers, le contraire absolu d'une élection présidentielle rassemblant les Français autour d'un projet, d'une vision, d'une méthode, d'une personnalité. Pour aller jusqu'au bout de cette logique, il ne reste plus qu'à remplacer le face-à-face de l'entre-deux-tours par un côte-à-côte des deux candidats qualifiés répondant aux questions d'une escouade de citoyens tirés au sort et exigeant de repartir avec la solution à leurs problèmes individuels.

Source : http://www.liberation.fr/rebonds/246695.FR.php

dimanche, avril 29, 2007

Une usine, c'est beau !

"Une usine, c'est beau, il y a du bruit, ça vit, il n'y a personne qui se sent seul"
Nicolas Sarkozy à Valenciennes

Source : http://www.afp.com/francais/news/stories/070428192821.o67f3o7d.html