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samedi, octobre 13, 2007

Le travail c'est la santé

Vive le stress et la routine


Les vacances sont loin. Vous faites grise mine… Et pourtant la routine, loin de nous nuire, est un gage de bonne santé. CQFD.

Paru le 06.10.2007, par Nathalie Manoukian
VOUS AVEZ DES HORAIRES STRICTS ?
Se lever aux aurores pour arriver à temps au bureau où l’on va passer un nombre d’heures fixes, rentrer et se coucher avant que l’horloge sonne les onze coups de 23 heures, nos journées sont réglées comme une montre suisse. La bonne nouvelle : nos horloges biologiques internes, vite déréglées en cas de repas pris à n’importe quelle heure, de nuits blanches et de grasses matinées, adorent le train-train. Et comme le dérèglement de ces horloges est mis en cause dans certaines formes de dépression, on a de bonnes chances de garder le sourire. En outre, l’hormone de croissance, qui est notre meilleure arme anti-vieillissement, est surtout sécrétée en première partie de nuit.
VOUS ÊTES SATURÉE DES BOUCHONS ?
Radars, horodateurs et trafic intense : le moindre kilomètre en voiture dans les grandes villes n’a pas son pareil pour nous stresser. La bonne nouvelle : on va bien plus vite en marchant, en courant ou en pédalant pour parcourir de petites distances. À faire d’un pas rapide! Pour savoir si l’on est dans le bon rythme, on doit calculer sa fréquence cardiaque maximale (elle est de 220 moins son âge, soit 220 – 35 = 185 pour un femme de 35 ans). Au cours des exercices, elle doit atteindre 60% de cette fréquence maximale (soit 185×60%= 111). Avec quarante minutes par jour passées à marcher, courir ou pédaler, le risque de déclarer un cancer du sein diminue de 38% par rapport aux sédentaires, selon l’Inserm (institut national de la santé et de la recherche médicale). Autres avantages d’une activité physique régulière : c’est un moyen simple de décharger son trop-plein de stress, de régulariser sa tension artérielle et de s’endormir facilement le soir.
VOUS MENEZ UNE DOUBLE JOURNÉE ?
Celles qui mènent de front vie professionnelle et familiale savent combien il est difficile de contenter tout le monde. La bonne nouvelle : travailler, vivre en couple et avoir des enfants – les trois à la fois – diminuerait le risque d’arriver en surpoids à la cinquantaine. Alors que ce risque est de 38% pour celles qui n’ont pas eu d’enfants ou ont arrêté de travailler, il n’est que de 23 % pour celles qui ont le « triplé gagnant » (selon le Journal of Epidemiology and Community Health). Par ailleurs, pères et grands-pères ont tout intérêt à se rendre utiles. Une étude réalisée chez des retraités qui donnent de leur temps montre que leur risque de mortalité diminue de 60% par rapport aux seniors qui se replient sur eux-mêmes… (Psychological Science).
L’AMBIANCE AU BUREAU EST EXÉCRABLE ?
Entre les ambitions des uns, les jalousies des autres et la pression croissante pour rendre toujours plus de travail plus vite, rester zen devient mission impossible ! La bonne nouvelle : médire de temps à autre favoriserait les liens sociaux et les rapprochements avec ceux ou celles qui partagent les mêmes sentiments que nous! C’est une revue américaine très sérieuse (Personal Relationships) qui le dit…
D’autre part, pour les fumeuses invétérées, être dans un univers sans fumée oblige à se passer de cigarette au moins quelques heures. De là à arrêter pour de bon, il n’y a qu’un pas… Les bénéfices se font alors vite sentir : après soixante-douze heures, les bronches retrouvent leur calibre normal. Après un an, l’augmentation du risque d’accident vasculaire cérébral a disparu ; et celle du risque d’infarctus est divisée par deux. Après cinq ans, c’est cette fois l’augmentation du risque de cancer du poumon qui est diminuée de moitié.

vendredi, mai 25, 2007

Je rêve que je bosse

Laissez-moi dormir, je rêve que je bosse

Bosser, c'est fastoche. Sans charres, c'est juste une question d'habitude, suffit de prendre le pli, de se lever tôt et de décambuter au petit matin sans réveiller la nichée, pour se téléporter, au radar, jusqu'au chagrin.
Une fois rendu, le caractère immuable des gestes à accomplir permet d'émerger en douceur. Les deux moments difficiles sont la pause café et le repas entre collègues. Instants dangereux, s'il en est, car même compétent et consciencieux, c'est là que l'hérétique se trahit. Il s'agit d'être un animal social, convivial, participer aux conversations viriles de tires d'occase, de pastaga pas cher à Andorre et d'Albanaises pas farouches à Figueras. Pas hurler, rire au bon moment, sinon gare, on est vite retapissé tafiole, sale con individualiste, vilain prétentieux.
L'important n'est pas tant de bosser correctement, que de faire semblant de s'intéresser au fonctionnement du machin, avoir l'esprit d"équipe, d'entreprise. Ne surtout jamais laisser entendre qu'on pourrait ne considérer le travail que comme un moyen de gagner sa croûte, comme une simple parenthèse, pas toujours agréable, d'une vraie vie qui se déroulerait ailleurs. Ce serait aussi incongru, malpoli, que de ne voir dans la voiture qu'un moyen de transport. On peut râler, dégrainer le petit chef si méchant, railler son incompétence, mais le travail doit demeurer synonyme d'accomplissement, une fin en soi, sous peine de mise au ban.
Quand les minutes défilent vraiment trop lentement, on imagine tous les trucs super intelligents qu'on ferait si on était libre, toutes les activités vraiment épanouissantes auxquelles on s'adonnerait si on était maître de son temps. On se promet de commencer dès le prochain week-end, mais en général, l'intendance bouffe tout.
Le soir on rentre crevé, mais avec le sentiment du devoir accompli. Selon l'état de fatigue, soit on s'écroule directement, soit on utilise le peu de temps dont on dispose pour lire trois lignes, jouer trois notes ou trois minutes avec les gosses. Dans tous les cas, pas trop le temps de gamberger.
Non ,franchement le salariat, c'est juste un coup à prendre, pas de quoi se poignarder l'oignon avec une saucisse plate !
Chercher du boulot, en revanche, c'est vraiment la tasse !
Ferrer l'employeur éventuel, c'est tout un art. L'ANPE organise moult stages qui permettent à de gros malins de se la faire crème en nous expliquant comment s'y prendre. Ils n'y croient pas une seconde, nous non plus. Nous, les recalés on attend que ça passe, tétanisés de honte et d'ennui, quant à eux, ils débitent leurs fariboles en essayant d'adopter le ton juste, sans surjouer la conviction. On a parfois, trop rarement, droit à de beaux numéros d'acteur. Curieuse communion dans l'hypocrisie et le mensonge, en ces lieux si laids .
Quand, tout seul comme un grand, on a enfin levé l'oiseau rare, reste l'ultime combat, l'entretien d'embauche !
Nippé le mieux possible, tout moite dans ma liquette, je souris gentiment au grand médium des ressources humaines, mais c'est à ce moment-là, malgré mes bonnes résolutions, que je perds tous mes moyens. Pas foutu de baratiner, d'expliquer que les trous dans le CV, c'est parce que je suis parti quelques années organiser des courses de kangourous en Australie. Mes motivations ? Euh...Gagner des sous ? Ce que je pourrais apporter à l'entreprise ? Chais pas, moi, mon sérieux ? Ma ponctualité ? Ma bonne volonté ? Désastreux...
Quand au contraire je tiens la forme, que le taf m'intéresse vraiment, j'en fais trop, j'oublie qu'il ne faut pas répondre d'une façon trop pointue, mais plutôt savoir faire comprendre avec humilité à son interlocuteur qu'on est espanté par la finesse de ses questions. Savoir montrer ses aptitudes à la servilité plutôt que sa personnalité, savoir flatter, ménager les suceptibilités, deux coqs dans une basse-cour, c'est pas possible...
Il y a quelques jours, j'ai fait trente bornes pour aller voir Volem rien foutre al païs le film de Pierre Carles. J'ai vraiment été impressionné, mais quel boulot, l'indépendance énergétique, l'auto-construction, l'auto-suffisance alimentaire, le «chiotte séchisme», l'autonomie, le refus du salariat !
Trop dur, tout ça. Je crois que je vais plutôt essayer de me dégotter un bon vieux «contrat d'avenir»…

Chroniques de Thierry Pelletier