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vendredi, juin 24, 2011

Hatsune Miku


Elle a 16 ans, pèse 42 kg, mesure 1m58, et son légume préféré est le poireau. Hatsune Miku n'a pourtant rien de réel : elle a été créée par la société informatique Crypton Future Media, et sa voix a été développée avec le Vocaloid de Yamaha. Au départ en 2003, Miku Hatsune n'était que la mascotte d'un programme qui permet de faire chanter des paroles par une voix artificielle. Mais l'engouement pour le personnage a été telle que Miku Hatsune est devenue une artiste qui remplit des salles de concerts.
Son style musical n'a rien de révolutionnaire: de la pop classique (un rythme d'eurodance et des synthés à gogo), mais ça suffit à convaincre le public: le 9 mars, Miku Hatsune a donné un concert à guichets fermés au Zepp Tokyo, et le DVD du concert est disponible à la vente depuis le 1er septembre.
Mais les fans de Hatsune Miku ne se contentent pas d'être spectateurs: ils écrivent aussi de la musique pour elle. Crypton Future media a même créé un label de musique,  KarenT et une chaine youtube pour diffuser ces morceaux.
En 2002 dans Simone, le réalisateur Andrew Niccol avait imaginé un réalisateur qui fait tourner un hologramme pour éviter les caprices de star. La chanson japonaise a exaucé son rêve.

http://next.liberation.fr/musique/01012301527-hatsune-miku-la-chanteuse-a-succes-qui-n-existe-pas

Comparaison


Comme en Irak, les chrétiens du Pakistan souffrent de persécution. Une femme y a même été condamnée à mort lundi pour avoir blasphémé le prophète Mahomet, rapportent mercredi les quotidiens britanniques Telegraph et Christian Today.
Asia Bibi, 37 ans, est chrétienne et mère de plusieurs enfants. Un jour de juin 2009, alors qu'elle travaille aux champs en compagnie d'autres femmes, un incident survient. Selon les correspondants du Telegraph au Pakistan, on demande à Asia d'aller chercher de l'eau mais quand celle-ci s'exécute, les autres femmes refusent de toucher au liquide qu'elles estiment «impur». S'ensuit une conversation animée autour de la religion. Alors qu'Asia est pressée par ses collègues «de renoncer à sa foi chrétienne et d'embrasser l'Islam», rapporte Christian Today, elle répond «avec ses mots à elle», précise le Pakistan Christian Post.
«Le Pakistan a franchi une limite»
Asia aurait alors fait l'erreur de risquer une comparaison entre Jésus et Mahomet. «Qu'a fait ce dernier pour les hommes quand Jésus s'est sacrifié pour les péchés des hommes ?», lance-t-elle en substance à ses contradictrices, selon Christian Today. Les versions des différents journaux rapportant l'affaire divergent quelque peu sur la suite des évènements. Quoi qu'il en soit, il semble qu'après cette discussion, Asia a été prise à partie par une foule agressive. Elle se réfugié alors auprès de la police qui, sous la pression de la foule, se retourne contre elle en l'arrêtant pour blasphème.
Depuis plus d'un an, Asia a donc été maintenue en détention. Jusqu'à ce jugement du tribunal de Sheikhupura, une ville de la province du Punjab dans le nord du pays, la condamnant lundi à la peine capitale. Au Pakistan, les lois antiblasphème qui existent servent surtout, d'après les associations chrétiennes, à persécuter leur communauté estimée à environ trois millions de personnes.
Aussitôt, plusieurs associations chrétiennes sont montées au créneau. Le Pakistan Christian Congress a demandé au président d'intervenir et appelle à l'abrogation des lois antiblasphème. «Le Pakistan a franchi une limite», a réagi Andy Dipper, directeur exécutif de Release International, qui appelle à la libération d'Asia. D'après le Pakistan Christian, c'est en effet la première fois qu'une femme est condamnée à une telle peine pour ces faits.
http://www.lefigaro.fr/international/2010/11/10/01003-20101110ARTFIG00715-une-chretienne-condamnee-a-mort-pour-blaspheme-au-pakistan.php

La gentillesse


Emlo. Peut-on dire que la gentillesse est un état de conscience particulier qui pourrait être une forme laïque de l'amour au sens religieux?
Emmanuel Jaffelin. Bonjour Emlo. L'idée de désacraliser la gentillesse en en faisant une vertu laïque n'exclut pas d'en faire une introduction à la vie spirituelle, religieuse, monothéiste, polythéiste ou animiste. En ce sens, je trouve dans la gentillesse un potentiel autant oecuménique que républicain.

Nelly. Pourquoi les méchants s'en sortent-ils plus facilement que les gentils?
Nelly, c'est une vision simpliste: les méchants, à long terme, s'en sortent toujours mal. Le propre de la méchanceté consiste à avoir d'emblée perdu la partie, en se manifestant de manière violente, faute d'avoir résolu le problème qui s'est posé au méchant. La gentillesse suppose une maîtrise de soi, que le méchant n'a pas, et qui montre que le gentil, au sens où je l'entends dans ce livre, c'est-à-dire non pas «naïf», mais «au service de quelqu'un», résoud toujours les situations qui se posent à lui.

Silvana. Qui incarnerait, pour vous, aujourd'hui, un vrai gentil ou une vraie gentille?
Silvana, c'est une très bonne question. En tout cas, pas moi, puisque j'ai écris ce livre comme dirait Boris Cyrunilk de manière résiliente. Cependant, faute de noms qui me viennent à l'esprit, j'y vois des actes dont nous sommes tous capables, y compris ceux que nous nous accordons à trouver méchants, qui font de chacun d'entre nous des «gentils hommes» ponctuellement, et de manière éphémère. Ce qui explique la raison pour laquelle il n'y a pas de gentils dans l'absolu. Celui qui serait gentil systématiquement, serait un sage ou un saint.

Emile. Pourquoi on appelait un noble un «gentilhomme»?
 Emile, c'est tout un programme et c'est celui de ma première partie. A l'origine, le «gentilis» signifiait en latin, le patricien, c'est-à-dire ce noble issu des 100 familles qui fondèrent Rome. Le christianisme inversera le sens de ce mot en désignant par gentil, celui qui ne croit pas en Dieu.
 A la Renaissance, Guillaume Budé, forgera le mot «gentilhomme» pour retrouver le sens romain de la noblesse et redorer le blason de l'aristocratie française en oubliant le sens péjoratif que le christianisme aura donné au «gentilis».

Alorsbon. Quand on cherche la définition de «gentil» on trouve: du latin gentiles, correspondant à l'hébreu gôim «peuple non juifs», un peu énigmatique, pourriez-vous m'éclairer?
 Cher Alorsbon. «Gentilis» est la traduction, en effet, de Goy, d'abord en grec par Ethnè, qui sera lui-même traduit par les chrétiens par «Gentilis». Ainsi, de la même manière que le Goy définit le non juif, le barbare le non grec, le gentilis va désigner le non chrétien.

Christian R. Je n'ai jamais compris une phrase de Maurice Blanchot (dans «L'Ecriture du désastre»):«Il n'est rien d'extrême que dans la douceur» (...) Il me semble me rappeler d'une explication d'un prof comme quoi la violence finit par trouver une limite (la mort), alors que la douceur n'en a pas. Sans être sur de la teneur exacte du propos ... Quelle serait votre compréhension ?
Christian, le bien-nommé. La douceur suppose la maîtrise, alors que la violence suppose la démesure. Comme vous l'avez remarqué, en montrant les limites de la violence, Blanchot en désigne surtout l'autolimitation. La force de la douceur consiste précisément à déclencher un processus global ou systémique, qu'on peut dire bénéfique, pour celui qui produit de la caresse comme pour celui qui la reçoit. Ainsi, la maitrise de soi, produit de la maitrise de soi.

Méchant. Ouf, la semaine de la gentillesse obligatoire est finie.... que pensez-vous de cette initiative? vous y êtes vous associé?
Cher Méchant. L'idée de remplacer les saints du calendrier par des fêtes plus laïques indique le déficit de spiritualité de notre société. Non seulement, je me suis associé à cette semaine, mais sa première édition, l'an passé, est à l'origine de l'écriture de ce livre. Je voulais initialement le consacrer à la cordialité, à l'occasion d'un long séjour passé au Brésil (7 ans) où un anthropologue brésilien, définit le Brésilien comme «homme cordial».
De retour dans mon pays natal, j'ai trouvé excellente l'initiative de Psychologie Magazine de traduire «kindness» par «gentillesse» et j'ai constaté que cette notion était dénigrée par les intellectuels, que les gens qui sont des gentils avaient honte de s'avouer tels. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'écrire ce livre.

Ronchon. Maintenant que vous vous êtes penché sur la gentillesse, songez-vous à vous pencher sur la méchanceté?
 Cher Ronchon. La méchanceté fait l'objet de ma deuxième partie. J'y montre, conformément à Platon, que nulle n'est méchant volontairement, que notre société qui plébiscite, comme vous, la méchanceté et la scénarise dans les médias et dans les oeuvres visuelles (télé, cinéma, théâtre) ne fait que cultiver l'ignorance de notre aspiration fondamentale à faire le bien. «Méchant» en latin signifie «mal tombé». La gentillesse est tout simplement ce qui permet de le «reveler» et de faire de lui un nouveau «gentilhomme».

Yvan. N'est-ce pas placé le curseur un peu bas que de vouloir faire de la gentillesse l'horizon moral de notre époque ?
 Cher Yvan, j'oppose les morales impressionnantes à une morale impressionniste. Les premières sont celles de la sagesse et de la sainteté; la seconde est proprement celle de la gentillesse. Les morales impressionnantes sont celles qui nous poussent au sacrifice et à la culpabilité; la deuxième, est celle qui nous pousse à rendre service de manière déculpabilisée. La gentillesse c'est quand on veut, quand on peut, mais surtout pas, quand on doit. Elle n'est pas une morale du devoir, mais une morale du pouvoir.

Silvana : J'ai du mal à faire la différence entre la «gentillesse» et la "bonté" (de même qu'en anglais, on distingue «nice» de «kind», qui peuvent se traduire par «gentil» tous les deux mais ont des connotations différentes). Pouvez-vous nous éclairer?
 Chère Silvana, la différence entre la bonté et la gentillesse est la même que celle qu'on trouve entre la sainteté et l'honnêteté. C'est la différence qu'il y a entre le sacrifice et le service.

Yvan. Pourquoi dévaloriser cette morale du devoir ?
 Cher Yvan, l'exigence des morales issues du monothéisme, voire des morales païennes, montrent que leurs exigences n'ont pas réussi à faire de nous des êtres moraux. En proposant une morale à hauteur d'homme, un morale portative, une morale non culpabilisatrice, on peut obtenir plus d'effet qu'en fixant devant nos yeux des idéaux de sainteté et de sagesse.

Christian R. Wah !? Un atelier à la prison de Sequedin ! Généralement dans les films, le moment ultra-violent est celui de la prison. Dureté des matons, dureté des prisonniers - les durs de dur - entre eux, dureté du principe de l'enfermement et de la punition. Sans indiscrétion quels types d'exercices ou d'activités leur faites-vous accomplir?
Cher Christian, j'enseigne en prison, suite à une tribune que j'ai publiée dans Le Monde. La proposition m'ayant été faite d'animer un atelier en prison, j'ai décidé d'enseigner ce qu'il m'est interdit de faire au lycée: «la sagesse»; c'est-à-dire donner de la force d'âme à ceux qui en ont manquée pour en arriver-là.

Gentillette. Pourquoi prend-on les gentils pour des naïfs ?
 Bonne question, parce que l'étymologie du mot nous montre que la gentillesse a été par deux fois l'objet d'une critique féroce: la première critique vient des chrétiens qui ont assimilé le «gentil» au «mécréant», et non pas au «méchant»; la seconde vient de la Révolution française qui a pendu les «gentilshommes à la lanterne». Par conséquent, les gentils et gentilshommes sont du côté des perdants dans l'Histoire. Ainsi, même si nous avons conscience d'effectuer une bonne action, nous avons mauvaise conscience à lui reconnaître le caractère de la gentillesse parce que celle-ci reste doublement connotée péjorativement.

http://www.liberation.fr/livres/1201370-livres-eloge-de-la-gentillesse

Dans certains cas


Pour la première fois, un pape, Benoît XVI, admet l'utilisaton du préservatif "dans certains cas", "pour réduire les risques de contamination" du virus VIH du sida, dans un livre d'entretiens à paraître mardi.
A la question "l'Eglise catholique n'est pas fondamentalement contre l'utilisation de préservatifs ?", le souverain pontife répond : "dans certains cas, quand l'intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement".
Dans cet ouvrage réalisé avec un journaliste allemand, intitulé "Lumière du monde", et qui aborde une multitude de sujets (pédophilie, célibat des prêtres, ordination des femmes, relation à l'Islam...), Benoît XVI cite un seul exemple pour illustrer son propos, celui d'un "homme prostitué".
"Il peut y avoir des cas individuels, comme quand un homme prostitué utilise un préservatif, où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut", dit-il.
"Mais ce n'est pas la façon à proprement parler de venir à bout du mal de l'infection du VIH. Cela doit réellement se produire dans l'humanisation de la sexualité", ajoute-t-il.
Jusqu'à présent, le Vatican a banni toute forme de contraception, en dehors de l'abstinence, même comme prévention des maladies sexuellement transmissibles.
(source AFP)

http://www.liberation.fr/societe/01012303454-benoit-xvi-retire-la-capote-de-l-index

Rires collectifs


En marge du sommet de l’Otan, le Président a réuni vendredi soir à Lisbonne des journalistes pour se défendre dans l’affaire Karachi. Une scène étonnante.
Par DAVID DUFRESNE
Onze minutes et vingt secondes de souffle, de rires, de confidences, de gêne, d’exhortation à faire notre métier de journaliste. Onze minutes et vingt secondes de Nicolas Sarkozy tel qu’en lui-même, en marge du dîner officiel de l’Otan de vendredi. Onze minutes et vingt secondes d’un Président obsédé par les affaires, en quasi-roue libre, mi-détendu, mi-tendu, Karachi, Bettencourt, Clearstream. Retranscription intégrale.
Michaël Darmon (France 2) : «Qu’est-ce que vous répondez aux victimes de Karachi qui vous interpellent dans les derniers développements ?»
Nicolas Sarkozy : «Pardon, mais… je vous le dis à vous, je le dirai… parfois, certains de vos confrères, je ne leur fais pas le reproche mais, quand même, c’est curieux. La moitié des journaux disent que j’étais le trésorier de la campagne de Balladur. Monsieur Darmon, je vous pose une question est-ce que j’ai été trésorier de la campagne de Balladur ?»
M.D. : «Non.»
N.S. : «Non, je ne veux gêner personne, mais c’est simple de vérifier quand même… Est-ce que c’est pas difficile de vérifier ? Est-ce que j’ai été trésorier ou pas ? Je n’ai jamais été trésorier de la campagne de Balladur. D’autres disent que j’ai été directeur de la campagne de Balladur. Est-ce que j’ai été le directeur de la campagne de Balladur ? J’étais le porte-parole de Balladur. Bon, hein. Pourquoi ne pas être précis ? Deuxième chose, je n’ai jamais été ministre de la Défense, je ne suis pas au courant des contrats de sous-marins négociés à l’époque, avec un président qui s’appelle M. Mitterrand, un Premier ministre qui s’appelle M. Balladur, avec un ministre de la Défense qui s’appelle M. Léotard. En tant que ministre du Budget, je n’ai jamais eu à en connaître ni de près ni de loin puisque même… même… la procédure de validation, vous savez, par le ministre du Budget sur proposition du directeur général des impôts, a été supprimée en 1992 par M. Charasse, octobre 1992. Je n’ai donc même pas eu à le faire. Vous voyez ce que je veux dire ?
«Alors, alors… on me dit, il y a eu des commissions. Parfait. Personne n’a la moindre preuve de quoi que ce soit, personne. Ah, il y a de l’argent liquide sur la campagne de M. Balladur, très bien, OK, dont les comptes ont été validés par le Conseil constitutionnel. Ah oui, mais Sarkozy, c’était un soutien de Balladur, il est président de la République, donc il est dans le coup… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Est-ce qu’il n’y a pas un moment, je vous le dis sans être agressé, est-ce que par moments, on peut être sérieux ? Est-ce qu’il y en a un seul parmi vous qui a vu un document qui me mette en cause ni de près, ni de loin ? Mais moi, sous prétexte que je suis président de la République, et que j’ai été porte-parole de la campagne de Balladur… Mais en quoi ? Y a-t-il un document qui me mette en cause, un seul ?»
Un journaliste : «Il semblerait qu’il y ait votre nom, que vous ayez donné votre aval à la création de deux sociétés au Luxembourg…»
N.S. : «Ah, Luxembourg ! Comme Clearstream !»
Un journaliste : «Non, je ne pensais pas à ça… Des sociétés par lesquelles seraient passées des rétrocommissions ?»
N.S. : «Mais jamais, mon pauvre, j’ai donné mon aval… Mais il y a une pièce qui dit que j’ai donné mon aval ?»
Un journaliste : «Manifestement, elle est dans le dossier du juge, oui.»
N.S. : «Une pièce avec le nom de Nicolas Sarkozy qui dit ça ? Mais enfin, écoutez, jamais. Je n’en ai aucun souvenir. Vous voyez le ministre du Budget qui va signer un document pour donner son aval à une société luxembourgeoise ? Pendant deux ans, on m’a poursuivi pour l’affaire Clearstream au Luxembourg. Tiens, c’était Van Ruymbeke [juge d’instruction, ndlr] aussi, tiens… C’était le même, ah ça, c’est curieux…»
Un journaliste : «Vous pensez que c’est la même mécanique…»
N.S. : «Ah ! J’en sais rien, mais enfin, je ne suis pas spécialiste du Luxembourg. Je n’ai pas de compte chez Clearstream. Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ? "Il semblerait." Vous êtes journaliste, dites-moi quelque chose… "Il semblerait", c’est quoi ?»
Un journaliste : «Je dis "il semblerait" parce que moi je n’ai pas accès au dossier du juge…»
N.S. : «Moi non plus. Le dossier du juge, personne n’y a accès. Remarquez, il communique avec tous les journalistes. Et ce brave M. Millon - c’est "off" ce que je vous dis - qui dit qu’il a une intime conviction. Une intime conviction, ah bon. On lui dit, si j’ai bien lu : "Mais alors ça se base sur quoi ?" "Des rapports oraux des services." Ah bon, quels services ? Quels services ? Qu’il dise un nom, un service. Mais personne, aucun service. "Ah, moi j’ai l’intime conviction que vous êtes un malhonnête." Sur quoi ? Les rapports oraux des services. Mais quels services ? C’est la DGSE ? C’est les Renseignements généraux ? C’est la DST ? Et à la DGSE, c’est monsieur Untel.
«Vous comprenez, c’est incroyable, c’est incroyable. Et après, moi, je dois me justifier. Et votre confrère, très sympathique : "Il semblerait que vous ayez donné votre accord pour la création de deux sociétés luxembourgeoises." Mais il connaît pas le nom des sociétés, il ne sait pas si il y a un document qui me met en cause en quoi que ce soit, et moi je réponds… Ce qui ferait, si je parlais "on" : "Nicolas Sarkozy dément avoir donné son accord." Mais écoutez, on est dans un monde de fous, quand même. Il n’y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétrocommissions sur des sous-marins au Pakistan, c’est incroyable et ça devient le premier sujet à la télévision. Et vous - j’ai rien du tout contre vous -, "il semblerait que vous soyez pédophile…" Qui me l’a dit ? "J’en ai l’intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier ?" Et ça devient : "Non, je ne suis pas pédophile."
«Mais attendez… faut être sérieux quand même. Soit vous avez quelque chose et dans ce cas-là j’y réponds bien volontiers. Soit vous n’avez rien et parlez-moi de choses intéressantes… Un jour, c’est sur Mme Bettencourt, un jour c’est sur Karachi, un troisième c’est sur Clearstream. Un quatrième, c’est sur des comptes que j’aurais en Suisse. Sortez-moi une bonne fois pour toutes ce que vous avez et parlons-en, mais vous ne pouvez pas être instrumentalisés - vous qui faites un métier sérieux - tous les jours sur n’importe quoi. Sur les déclarations d’un avocat excité. Soit il y a quelque chose, dans ce cas-là je m’explique bien volontiers. Soit il n’y a rien… Et je m’explique sur quoi ? Ecoutez… Quand même, c’est curieux. Ça remonte à 1994. Bientôt dix-sept ans. Bon, s’il y avait quelque chose sur moi, ça se serait trouvé vous croyez pas ? Non ? En dix-sept ans ? Enfin… Sous prétexte que j’ai soutenu M. Balladur… Oui, je l’ai soutenu. J’étais son porte-parole. Un type sérieux comme Bruno Dive écrivait dans Sud-Ouest«Nicolas Sarkozy est le trésorier de la campagne de Balladur.» Et il est journaliste politique, spécialiste… Mon Dieu, qu’est-ce que ça serait s’il ne l’était pas ? Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Mettez-vous à ma place, c’est votre métier quand même. Enfin, écoutez… Cela ne vous a pas suffi Clearstream et tout ça ? Faut recommencer ?
«Je suis pas du tout agressif, d’abord je vous en veux pas, non, mais attends, vous me trouvez fâché ? D’abord, le pauvre, il n’est pas pédophile. [Rires] Non, je ne le pense pas, mais… C’est pas un fait. Il me dit… en plus je le connais, je l’apprécie, j’ai aucun contentieux, il me dit "il semble que vous ayez donné l’autorisation à la constitution de deux sociétés luxembourgeoises". Je n’en ai aucune idée… Y a-t-il un document qui montre à un moment ou à un autre que j’ai donné instruction de créer des sociétés luxembourgeoises ? Alors peut-être que le ministère l’a fait à un moment, j’ai été ministre du Budget deux ans, peut-être, mais moi, non, jamais ! Vous comprenez, je ne sais pas, je n’en sais rien. Mais reconnaissez que la question ainsi posée est un petit peu vague pour se justifier, vous comprenez… [Un conseiller du Président lui propose de mettre un terme à l’échange] Oui, on va dîner.»
Un journaliste : «J’espère qu’on ne vous a pas coupé l’appétit.»
N.S. : «Mais non. C’est sans rancune, hein, le pédophile ?» [Rires collectifs]
Un journaliste : «Et sur l’Irlande, où est-ce que nous en sommes maintenant ?»
Autre journaliste : «On revient aux sujets sérieux…» [Rires collectifs]
N.S. : «Ne vous trompez pas, c’est un sujet sérieux. On ne va pas courir en permanence après la dernière boule puante comme ça. Ecoutez, vous êtes des gens sérieux, vous êtes des professionnels. Soit on vous donne des pièces et vous me demandez de me justifier, soit, dans ce cas-là, vous considérez que c’est de la manipulation, point. Vous n’avez pas besoin de moi pour ça, quand même…»
Un journaliste : «Vous pensez que tout ça est une cabale ? Vous y voyez des arrière-pensées politiques ?»
N.S. : «Mais non, c’est pas ce que je dis. Je dis : "Faites votre travail." C’est à vous de voir si c’est sérieux. C’est à vous de faire votre travail… D’ailleurs, vous le savez bien que ce n’est pas sérieux… C’est à vous de faire votre travail, vous me demandez de faire quoi ? Je ne suis pas journaliste enquêteur, vous avez le droit d’enquêter… Attendez, c’était quoi l’autre jour sur quoi je devais me justifier ? C’était le chauffeur de Mme Bettencourt qui tenait de la gouvernante aujourd’hui décédée de Mme Bettencourt - c’était, comment s’appelle-t-il, Mediapart ? - que j’avais demandé de l’argent à Mme Bettencourt. Et tout une après-midi, on a dû diffuser un communiqué de l’Elysée pour savoir ce qu’on répondait au chauffeur de Mme Bettencourt qui tenait de la gouvernante de Mme Bettencourt, aujourd’hui décédée, que j’avais demandé de l’argent à Mme Bettencourt… C’était la semaine dernière…»
Un journaliste: «Est-ce que…»
N.S. : «Ça n’arrête pas. Je ne parle pas du grand complot ou quoi, ce serait ridicule. Tant que vous donnez de l’importance… Donnez de l’importance quand vous voyez des faits. Rappelez-vous de Mme Thibout, la fameuse [ex-comptable de Liliane Bettencourt, ndlr], que vous avez martyrisée pendant deux jours sur j’ai demandé de l’argent à Mme Bettencourt pendant vingt ans, avant de vous rendre compte deux jours après que Mme Thibout n’avait pas dit ça à Mediapart, que Mme Thibout a commencé sa déposition à la police en disant "la romance de Mediapart", j’ai fait deux 20 heures, deux 13 heures là-dessus… Que ça vous serve de leçon, aussi. Ce n’est pas à moi de faire votre enquête, c’est à vous, vous êtes des grands garçons… professionnels. C’est à vous de voir si vous êtes manipulés ou pas. Pas à moi…»
Un journaliste : «Est-ce que vous êtes d’accord pour qu’on lève le secret sur tout un tas de documents qui permettraient peut-être de tirer tout ça au clair ?»
N.S. : «Mais tout à fait, mais tout à fait. Je ne suis pas d’accord pour qu’on déclassifie le… le… m’enfin, écoutez… On ne va pas tout déclassifier pour que les services secrets du monde se disent "l’information qu’on donne, ça va sortir". Je ne suis pas… J’ai le sens de l’Etat. Mais pour les documents… A ma connaissance, il n’y en a pas un seul qui ait été refusé.»
Un journaliste : «Bernard Accoyer refuse de mettre sur la place publique…»
N.S. : «Mais Bernard Accoyer, c’est Bernard Accoyer…»
Un journaliste : «Vous dites il n’y en a pas un…»
N.S. : «Oui mais pas un de l’Etat, pas un seul de l’Etat… Enfin ! Ecoutez, ça m’a fait plaisir de vous voir… [Bruits de chaises] Amis pédophiles, à demain !» [Rires collectifs]

http://www.liberation.fr/politiques/01012304117-sans-rancune-le-pedophile

Ma mère est sur Facebook


« Mon pire cauchemar est devenu réalité : ma mère est sur Facebook », s’époumone, en anglais, le chanteur du groupe Blood of the TigerCat, dans un tube qui a fait le tour du Net. Si l’on en croit les pages pléthoriques du réseau social (« Contre les parents sur Facebook », « J’ai peur que mes parents viennent sur Facebook », « Au secours, mes parents débarquent sur Facebook », etc.), de nombreux adolescents partagent la crainte du rockeur. Et ils ont raison : la menace est réelle. En France, d’après Facebook, les 3 millions de moins de 18 ans inscrits sur le réseau ne représentent que 18% des utilisateurs, contre 25% pour les plus de 35 ans. Un renfort de personnes mûres qui pourrait bien — notamment — s’expliquer par un débarquement de parents. Et pas seulement pour échanger avec leurs potes à eux.
Après enquête, il semble que de nombreuses mères (oui, des mères du genre de celles qui, dans la vraie vie, sont déjà très présentes) se créent un profil précisément pour pouvoir surveiller leurs enfants. Savoir ce qui se dit, veiller au grain en ligne. « Bonjour Coralie, Papa/Maman souhaitent vous inviter à rejoindre leur groupe d’amis sur Facebook. » On imagine l’embarras de ceux qui reçoivent une telle invitation dans leur boîte mail. Envoyer bouler ses parents, voire les blacklister, c’est délicat. « J’ai accepté mon père comme"ami" après avoir hésité, confie Coralie, 18 ans. La mère de mon copain est aussi dans mes contacts, donc je suis deux fois plus surveillée. Je fais plus attention à ce que je poste sur mon profil, même si je ne cache pas de grands secrets. »
Même sans se livrer à des activités répréhensibles, on n’a pas forcément envie de savoir ses parents en planque sur le réseau. A fortiori quand on est ado et qu’on a tendance à se vanter de fumer des joints, de vomir sa vodka, d’embrasser et/ou peloter des tas de gens en un temps record, etc. Autant de fanfaronnades qui font grimper aux rideaux des parents inquiets et curieux. Qui, même en filature, ne peuvent s’empêcher de faire des commentaires. Comme cette mère d’une fille partie avec Erasmus à l’étranger. Quand la fille poste un message (avec photos) : « Hier, une fête mortelle ! », la mère bondit : « Je trouve que tu fais beaucoup la fête. »
Le risque, à trop intervenir, c’est de recevoir un jour un message du genre « Gaspard vous a supprimé de sa liste d’amis ». C’est arrivé à Marylène, 53 ans, trois enfants (16, 23 et 29 ans). « Le petit dernier m’a supprimée de ses contacts, confie-t-elle, dépitée. Il ne voulait pas que je sache tout de sa vie sentimentale. Je ne comprends pas bien sa réaction. Pourquoi étale-t-il sa vie amoureuse sur Facebook, sans pudeur, alors qu’il refuse d’en parler à sa mère ? Moi, au moins, je garderais le secret… » Mouais.
Pour Daniel Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au centre hospitalier de Poitiers, les réactions de défense des jeunes utilisateurs de Facebook sont saines : « Les parents pensent que plus on se dit de choses, mieux c’est. Ils sont dans l’idéologie de la transparence. Mais si le petit enfant se construit effectivement dans une relation de transparence avec son parent, l’adolescent, au contraire, a besoin d’une certaine opacité pour se différencier de ses aînés. » Autrement dit, une partie de la vie des ados est faite pour rester secrète. « C’est comme si les parents allaient fouiller dans les affaires de l’enfant et lisaient leur journal intime », ajoute l’auteur de C’est donc ça l’adolescence ? (1).
D’autres rêvent de faire ami-ami avec leurs enfants, comme en témoigne le message posté par ce père de famille : « Mes enfants sont heureux de m’avoir dans leurs contacts car je suis leur pote, ils n’ont rien à cacher. » Tu parles, Charles. De telles fadaises ont le don d’agacer les psys : « Un parent n’est pas le copain de ses enfants, tonne Daniel Marcelli. Et l’amitié virtuelle crée une zone de confusion entre les générations qui trouble les adolescents. » C’est peu dire.
Pour éviter de se faire pincer en ligne, des petits malins ont trouvé une astuce. Ils bloquent l’accès à leur compte le temps d’effacer les messages ou photos trop privées, puis autorisent à nouveau leurs parents à voir leur profil en invoquant un bug informatique pour expliquer le trou noir. Autre ruse de Sioux : créer deux profils, l’un, propre et lisse, genre enfant idéal, avec son vrai nom, que l’on rendra accessible aux parents. Et l’autre, « le vrai », sous pseudo, réservé à son véritable cercle d’amis. Plus trash.
(1) Ed. Bayard Centurion, 16 euros.
Paru dans Libération du 29 novembre 2010

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Rupture de stock


Les Etats-Unis ont exécuté jeudi soir un homme de 58 ans en utilisant pour la première fois un anesthésiant employé pour euthanasier les animaux en raison d’une rupture de stock nationale du produit habituel.
Le décès de John Duty, condamné à mort en 2002 dans l’Oklahoma pour le meurtre l’année précédente de son compagnon de cellule, a été prononcé à 18h18 locales, soit seulement six minutes après le début de l’injection, a assuré à l’AFP Jerry Massie, porte-parole de l’administration pénitentiaire de cet Etat du sud des Etats-Unis.
L’injection mortelle qu’il a reçu comprenait «pour la première fois dans le pays», selon le Centre d’information sur la peine de mort (DPIC), du pentobarbital, un puissant anesthésiant vétérinaire.
L’Oklahoma, comme plusieurs autres Etats américains, n’a plus de thiopental, l’anesthésiant validé par la Cour suprême, en raison d’une rupture de stock chez Hospira, le seul laboratoire qui le fabrique sur le sol américain.
La production doit reprendre au premier trimestre 2011 mais, en attendant, les Etats ont rivalisé d’ingéniosité pour pouvoir poursuivre les exécutions.
«Cobaye»
Le 14 octobre l’Oklahoma avait exécuté un condamné grâce à une dose de thiopental empruntée à l’Etat voisin de l’Arkansas (sud). L’Arizona (sud-ouest) est allé se fournir en Grande-Bretagne pour exécuter un condamné le 27 octobre.
Le Kentucky (centre-est) et la Californie (ouest) ont en revanche reporté plusieurs exécutions à 2011.
Craignant que leur client soit réduit à l’état de «cobaye» pour cette exécution inédite, les avocats de John Duty ont tenté jusqu’au dernier moment d’obtenir de la justice qu’elle suspende son exécution.
«En l’absence d’expertise, d’essai clinique et d’études scientifiques capables de donner une idée des effets du produit, John Duty deviendrait le sujet humain de l’expérimentation d’une méthode d’exécution jamais testée auparavant», écrivaient-ils dans leur requête.
Mais l’utilisation de ce produit a reçu mardi le feu vert d’une cour d’appel fédérale pour qui «la quantité prévue de pentobarbital est suffisante pour plonger le condamné dans l’inconscience et serait même probablement mortelle dans la plupart des cas, voire tous».
Viol, braquage, et fusillade
Le premier produit injecté est crucial, rappellent les anti-peine de mort car il endort le condamné et permet qu’il ne ressente pas les effets, très douloureux, des deux produits suivants, qui paralysent les muscles et arrêtent le coeur.
Dans le cas de John Duty, l’exécution s’est déroulée comme prévu, a indiqué Jerry Massie de l’administration pénitentiaire de l’Oklahoma.
Cette première expérience pourrait donner des idées aux autres Etats américains en rupture de thiopental. Lorsqu’il a étranglé son compagnon de cellule, Curtis Wise, 22 ans, John Duty purgeait trois peines de prison à vie consécutives pour viol, braquage, et fusillade avec intention de tuer en 1978. L’homme a avoué avoir convaincu son compagnon qu’il souhaitait être placé à l’isolement et a obtenu de lui qu’il se laisse ligoter pour faire croire à une prise d’otage.
Selon la presse locale, il a ensuite écrit une lettre à la mère de sa jeune victime, racontant les faits avec des détails cruels. Lors de son procès, il a plaidé coupable et refusé que son avocat présente des éléments de circonstances atténuantes. Il a demandé au jury de le condamner à mort.
John Duty est le 46e et dernier condamné à mort exécuté aux Etats-Unis en 2010.
(Source AFP)
http://www.liberation.fr/monde/01012308664-aux-etats-unis-un-condamne-a-mort-execute-avec-un-anesthesiant-pour-animaux